numéro 215

Au sommaire d'Eté 2007

 L’événement

  • Pas si solitaire que ça !
    Le 31 juillet à Caen, 55 skippers se prépareront à courir la Solitaire Afflelou Le Figaro. Parmi eux, le Normand Marc Lepesqueux, soutenu par Caen la Mer

 Actualité

  Economie

  • Révolution culturelle à la Foire de Caen
    La Foire de Caen (du 14 au 24 septembre,) a choisi pour thème " l'armée éternelle de Xian ", celle du premier empereur chinois
     
  • " Cinq ans pour réussir "
    Rencontre avec Pierre Géhanne, directeur général de Louis Dreyfus Armateurs et président de LD Lines
    The Third Way
     
  • Les habits neufs de Deauville
    La station la plus chic de la Normandie modifie son image en se dotant d'équipements culturels
    Not just a Kingdom for a Horse!
     
  • Jour J : des lendemains amers
    Le Débarquement et la Libération se sont accompagnés de grandes souffrances pour les Normands. Le sujet est resté tabou pendant des décennies
    Lest We Remember?

 Magazines

  • À travers les jardins de Normandie
    Cinq jardins à visiter absolument

 Culture

  • Expos 
    " Enfances normandes " au château de Bénouville,
    " Dior, 60 années hautes en couleurs " à Granville,
    statue d'Ariane cherche destin,
    Julian Taylor au hâteau de Vascœuil,
    Joan Miró à Fécamp,
    une Vamp à Honfleur...
     
  • Rendez-vous
    Les Z'estivales au Havre, Caen Soirs d'été, " Les Terrasses du Jeudi " à Rouen, Polyfollia, Swing'in Deauville...
     
  • Voici Londres
    La peinture hollandaise à l'honneur à la National Gallery, Lucas Cranach au Courtauld Institute of Art Gallery
     
  • L'estampille et le marteau
     
  • C'est à lire
     
  • Les potins des fourneaux
    La Passerelle à Saint-Valery-en-Caux, L'Erguillère à Port-Racine, la Marine à Carteret

 

  Pas si Solitaire que ça !

La Solitaire Afflelou Le Figaro, dont le départ aura lieu le 31 juillet, à Caen, est aussi l'occasion d'affirmer les ambitions de la filière nautique caennaise.
Le Granvillais Marc Lepesqueux,
récent vainqueur du Matondo
Congo-Route de l'Equateur,
prend le départ de la Solitaire

Du 31 juillet au 24 août, entre la France, l'Irlande et l'Espagne, 55 skippers vont parcourir 1 876 milles nautiques en solitaire dont une étape record de 762 milles entre Brest et La Corogne. Parmi eux, six marins normands dont Marc Lepesqueux, encore tout auréolé de sa victoire dans le Matondo Congo-Route de l'Équateur, en mai.
La Solitaire n'est pas une découverte pour le marin normand, né à Granville en 1968. En 2004, il avait mené une étape à quelques milles de l'arrivée. En 2005, il était en tête d'une étape quand il s'est fait percuter par un cargo. Fortune de mer... " Cette année, j'ai pour objectif d'arriver dans les trente premiers, affirme le marin, basé à Fleury-sur-Orne. Si j'arrive dans les vingt premiers, ce sera une très bonne performance car le niveau est très, très élevé. "
Marc Lepesqueux commence à pratiquer très jeune la croisière, sur le bateau de son père. À treize ans, il effectue sa première navigation en solitaire pour aller à Chausey. " Je me suis engagé dans la Mini-Transat en 1993. Après, j'ai couru pour la première fois Le Figaro en 1995. Je me suis classé huitième, à la première place des bizuts, derrière des Alain Gautier, des Desjoyeaux... " Après la Solitaire, Marc Lepesqueux a d'autres projets. " J'aimerais participer à la course du Rhum, à un Vendée Globe ou à une SolOcéane, pourquoi pas ? " 
En 2004, le départ de la Solitaire à Caen avait attiré 40000 visiteurs et conféré au bassin Saint-Pierre, situé en plein centre ville, l'animation des grands jours. Ce sera à nouveau la fête en cette fin juillet.

 
Le village est situé sur le bassin Saint-Pierre,
en plein centre ville de Caen

Sur les quais

Le village de la course (bassin Saint-Pierre, quai de Vendeuvre) sera ouvert du 21 au 31 juillet de 11 h à 21 h (nocturnes jusqu'à 23 h les mardi 24 et vendredi 27 juillet ; ouverture dès 7 h dimanche 29 et mardi 31 juillet). Plus de cinquante exposants accueilleront le public sur leurs stands.

  • Dimanche 29 juillet, prologue Afflelou à 11 h au large de Ouistreham. Final de l'épreuve visible de la côte. 15 h 30 : remontée festive du canal de Ouistreham à Caen. 17 h  : arrivée des voiliers dans le bassin Saint-Pierre.
  • Mardi 31 juillet : départ de la première étape Caen-Crosshaven (Irlande), soit 415 milles. À 9 h , départ des voiliers pour Ouistreham. 15 h  : départ au large de Ouistreham (les voiliers seront visibles depuis la côte jusqu'au large d'Omaha Beach).
    Baptêmes nautiques gratuits pour tout public à partir de h uit ans.
  • Entre le 21 et le 31 juillet, trois patrouilleurs de la Marine Nationale - le Thémis, le Pluvier et le Flamant - feront escale à Caen sur le Nouveau Bassin.
  • Du 26 au 28 juillet, le Pluvier, bâtiment de 54 mètres de long, accueillera le grand public à son bord pour présenter ses équipements d'interventions en mer. Le Flamant lui succédera pour accompagner la course pendant le prologue et la première étape.

  La Havraise Christine Lagarde ministre des Finances

Le nouveau ministre des Finances, Christine Lagarde, a grandi au Havre où ses parents étaient enseignants. Elle a fréquenté le collège Raoul-Dufy et le lycée François-Ier. De sa jeunesse au Havre, elle a conservé de nombreux amis personnels et sera peut-être le prochain maire de la ville.

 
Entrée à Bercy en 2005 comme ministre
déléguée au Commerce extérieur,
Christine Lagarde y revient en 2007
en tant que grand argentier

Après le premier tour des élections législatives, Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur, faisait ses cartons dans la sérénité. Elle s'amusait des rumeurs qui la donnaient un jour à la Justice, un autre aux Affaires étrangères ou encore à l'Agriculture et à la Pêche...
L'Agriculture et la Pêche ? Le pronostic laissait perplexes nombre d'observateurs qui connaissaient ses talents d'avocate internationale. " Nicolas Sarkozy utilisera mes compétences là où elles seront nécessaires ", coupait Christine Lagarde. Quatre jours plus tard, elle était nommée à l'Agriculture et à la Pêche. Le nouveau président avait reconnu sa capacité à conduire des négociations internationales en anglais, une langue qu'elle manie à la perfection après avoir longtemps vécu aux États-Unis.
Seulement, au lendemain du second tour des élections législatives, alors que François Fillon forme sa deuxième équipe, Nicolas Sarkozy la veut à Bercy. En lieu et place de Jean-Louis Borloo, un peu trop prompt à engager entre les deux tours des législatives le débat sur la TVA sociale. Alors, un mois après l'avoir quitté, Christine Lagarde a retrouvé Bercy.
Avant 2005, Christine Lagarde partageait son temps entre ses trois points d'ancrage : Paris, où elle avait un bureau et son domicile principal, les États-Unis (d'où elle dirigeait trois mille avocats d'affaires réunis dans le cabinet Baker & McKenzie), et Hautot-le-Vatoit, une petite commune de Seine-Maritime, près d'Yvetot. C'est là qu'avec ses deux fils, elle passe la plupart de ses week-ends. Elle va chercher son pain à vélo, fait son marché à Yvetot. Tout le monde la connaît à Hautot-le-Vatoit.
Christine Lagarde rêve aujourd'hui de retrouver ses racines. Antoine Rufenacht, le maire du Havre, pourrait lui entrouvrir sa porte l'année prochaine aux municipales. Christine Lagarde sera-t-elle un jour maire d'une grande ville ? Pour elle, Le Havre, ville internationale, constitue un point de chute idéal. Et son dernier discours au Havre, qui a ému son auditoire, a montré qu'elle a appris à manier les ficelles de la politique.

  Hervé Morin, un Normand pur jus à la Défense

Né à Pont-Audemer, maire d'Épaignes, dans l'Eure, ce ténor de l'UDF a rallié Nicolas Sarkozy entre les deux tours. Un maroquin prestigieux est le prix de ce retournement.

Fils de maçon, Hervé Morin naît à Pont-Audemer en 1961, et poursuit des études successivement à l'école d'Épaignes (une commune de 1 000 habitants dont il deviendra conseiller municipal en 1989 et maire en 1995), au collège de Cormeilles dans l'Eure, au lycée de Deauville, puis à l'Université de Caen, avant de poursuivre des études à l'IEP de Paris. Un tel parcours " à cheval " sur les deux Normandie explique sans doute pourquoi il devient en 1999 président de l'Association pour la réunification de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie.
Hervé Morin a gravi aussi rapidement que méthodiquement les marches du pouvoir : conseiller général de Cormeilles à trente-et-un ans, député UDF de Pont-Audemer à trente-sept ans, conseiller régional à quarante-trois ans...
Dans le même temps, il s'impose comme une figure importante de son parti, l'UDF, en particulier, jusqu'en 1997, auprès de François Léotard. Délégué général de l'UDF à partir de 2000, il devient le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale après les élections législatives de 2002.
Son destin bascule lors de la campagne présidentielle de 2007 : principal lieutenant de François Bayrou, il annonce pourtant entre les deux tours son ralliement à Nicolas Sarkozy. Cette rupture se verra " récompensée " par le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement Fillon. La rupture avec François Bayrou est consommée.
On peut prédire à notre jeune ministre normand un long et brillant avenir. Vraisemblablement, la présidence d'une grande région Normandie dans quelques années ne serait pas pour lui déplaire.
Certains osent même des comparatifs élogieux avec le parcours, quelques années plus tôt, de Nicolas Sarkozy... Les mauvaises langues diront que comme le nouveau président, il a su trahir au bon moment.

  Les habits neufs de Deauville

La station la plus chic de la Normandie est en train de modifier son image en se dotant d'équipements culturels. Et, au terme des travaux entrepris sur la presqu'île de la Touques, Deauville deviendra une petite ville très bien équipée. C'est le projet-phare de son maire, Philippe Augier, dont l'histoire d'amour avec la station a commencé voilà trente-cinq ans.

 
Philippe Augier, maire de Deauville depuis 2001

Entré en 1971 comme stagiaire à l'Agence française de vente du pur-sang, Philippe Augier en devint le directeur en 1989. Entré au conseil municipal en 1995, il est élu maire de Deauville en 2001. On lui doit le Festival du film asiatique, le Festival de Pâques, le festival musical du mois d'août, le Salon du livre... qui s'ajoutent au Festival du film américain (du 31 août au 9 septembre). Et cette animation va continuer avec la construction d'un pôle culturel dont les travaux devraient commencer fin 2007, celle d'un complexe équestre " digne de Deauville et de la région ", et, au-delà, par la réurbanisation de la presqu'île de la Touques, située entre la Touques et le port de plaisance. Elle comprendra des logements intermédiaires, des bureaux pour accueillir les entreprises de services, une résidence hôtelière, un hôtel quatre étoiles et des commerces. Le quartier sera également à la pointe de la modernité, entièrement câblé en fibre optique. Il y aura de la verdure, des petites places, une promenade paysagère piétonne et cyclable tout le long de la Touques.
A Deauville, l'accueil, en terme d'hébergement, est d'excellente qualité. Un Palais des Congrès permet d'accueillir des grandes manifestations de toute nature, de grands rendez-vous comme Top Resa, tous les festivals... Avec la connotation culturelle que la mairie est en train de mettre en place, l'image de la station est en train de changer. D'ailleurs Artcurial, l'une des plus grosses maisons de ventes aux enchères françaises, exerce désormais une partie de son activité à Deauville.
Le cheval reste le roi de la station. Il y a des courses presque toute l'année et Ride, une manifestation équestre d'un très haut niveau de qualité, s'installe à Deauville du 20 au 23 septembre. Le polo fait également partie de l'image de la station.
Autre atout : les grandes marques commerciales présentes dans les boutiques de luxe. Pour Philippe Augier, " C'est un élément d'attractivité considérable à la fois pour les Parisiens, pour les étrangers et pour les Rouennais, les Caennais, les Havrais qui viennent faire leur shopping à Deauville. L'offre est de plus en plus complète parce que la vilesait évoluer. C'est la responsabilité des élus de préparer l'avenir. Et cet avenir, je le vois très positif. " 
La future façade du quai de la Gare

  Not Just a Kingdom for a Horse!

Mayor Philippe Augier's love affair with Deauville began in 1971, when he joined the thoroughbred auction house as a trainee. One thing led to another: he was promoted to the post of Managing Director in 1989 and became increasingly involved in local cultural events. Then, in 1995, came the call: Anne d'Ornano, the town's then mayor, invited him to stand in the forthcoming local elections and he soon found himself on the town council in charge of tourism, culture and communication.
With its welcoming demeanour, festive atmosphere and plethora of exclusive boutiques, the seaside resort has enjoyed the patronage of the rich and powerful for a hundred and fifty years. One of Philippe Augier's main aims and achievements has been to stage carefully-targeted cultural events that will attract other categories of visitors as well. Thanks mainly to his efforts, the American Film Festival has been joined by an Asian film festival, an Easter festival, an August music festival and a book fair. There is also a world-class conference centre, which recently hosted the Women's Forum for the Economy and Society.
The town 'has not been marred by ugly property development', and the council is currently finalizing a scheme to redevelop a six-hectare site between the River Touques and the marina. Philippe Augier, who regards it as 'my most important project', says that as well as shops and hotel accommodation, it will include much-needed lowcost housing. Furthermore, the extension of existing higher education facilities, plus the provision of extra office space for the service sector, should improve opportunities for young people. An emphasis on all the latest technology, such as fibre optics, is matched by environmental considerations, and if all goes according to plan, work should start in autumn 2008.
Another project close to Philippe Augier's heart is the construction of an equestrian complex 'worthy of Deauville'. The town has long been associated with every aspect of the equine industry, from the famous yearling sales to horseracing and showjumping competitions, while polo matches have recently been revived. 'If the town is successfully broadening its offering in this area - and in others, too - it is because of its ability to adapt. Indeed, the job of a councillor is to anticipate and prepare for the future.'

  Jour J : des lendemains amers

(Extrait de l'article paru dans le numéro 215 de Normandie Magazine)

La libération a coûté aux populations locales 20 000 tués (près de 4 000 dans la Manche, plus de 8 000 dans le Calvados, près de 2 000 dans l'Orne, 6 000 en Haute-Normandie). Sans compter les réfugiés, les sans-abri, ainsi qu'une nouvelle catégorie devictimes, les " pillés ".
Les historiens furent les premiers à découvrir l'envers du décor. Ils sont suivis, aujourd'hui, par les romanciers qui appuient là où ça fait mal. Il aura donc fallu soixante ans pour que le rideau se déchire entièrement.

 
Yvonne Guégan, Les Réfugiés (1944)

Née dans la Hague, Nantaise d'adoption, Catherine École-Boivin vient de faire paraître L'Enfant-Loup de Blanche (1), un roman tiré de faits réels. L'histoire d'une jeune Cotentinoise violée, tailladée et laissée pour morte par un soldat américain qui, avant de s'enfuir, tue le futur beau-père de la jeune fille qui voulait s'interposer. Le drame fera perdre la raison au fiancé de Blanche. Le violeur sera pendu dans le village où a eu lieu le crime, comme c'était la coutume dans l'armée américaine.
Blanche accouche d'un petit garçon qu'elle appelle Normand. Elle se résout à l'élever mais sans jamais le toucher, sans jamais le câliner, évitant même de le regarder dans les yeux. Normand fera une belle carrière dans l'armée mais sa vie sentimentale restera d'une grande pauvreté. C'est un solitaire, incapable de nouer une relation durable avec une femme.
" Il n'y avait pas encore de roman écrit sur ce sujet, constate Catherine École-Boivin. L'histoire que je relate est vraie, elle est arrivée chez des amis. La mère de celui que j'appelle Normand a été violée par un soldat américain, un métis. Ensuite il l'a lacérée au couteau, depuis les seins jusqu'au sexe. Les cicatrices formaient comme un grillage sur son corps. "
Professeur de sociologie et de criminologie à la Northern Kentucky University, J. Robert Lilly a fait paraître en 2003 une thèse intitulée La Face cachée des GI's (2) où il relate en détail les viols commis par certains soldats américains. (...)

La plupart des femmes violées se sont tues, mais celles qui ont porté plainte ont eu à affronter une nouvelle épreuve. Devant la cour martiale américaine, elles durent décrire les faits jusque dans les plus petits détails et démontrer qu'il y avait eu pénétration contre leur gré. Aucune compassion n'était à attendre des autorités américaines. Rien d'étonnant si la plupart d'entre elles choisirent de se murer dans le silence, et ce sujet est resté tabou pendant des décennies.
Selon J. Robert Lilly, entre 1942 et 1945, environ 17 000 femmes et enfants auraient été victimes de viols commis par des soldats américains en Angleterre, en France et en Allemagne (...)

Les actes de violence envers les civils se sont produits dans les régions qui furent le champ de bataille de la libération, surtout en Normandie, dévastée par les bombardements. Le bien-fondé des destructions systématiques par les " tapis de bombes " a été mis en cause par les historiens dès les années 1980. L'historien Michel Boivin (3) explique : " Saint-Lô étant un important nœud routier, les Alliés considéraient qu'il fallait détruire la ville pour retarder l'avance des renforts allemands. En outre, l'état-major américain était soucieux d'épargner au maximum la vie des soldats. D'où ces mitraillages sur tout ce qui bougeait. "
Actes de désinvolture, imprudences et violences anéantissent le capital de sympathie dont jouissaient les libérateurs, dont la très grande majorité, pourtant, se sont comportés d'une façon correcte avec les populations civiles.
Pour Michel Boivin, " Le gros des problèmes entre les soldats alliés et les Normands s'est concentré dans l'agglomération cherbourgeoise, là où les soldats américains sont restés le plus longtemps après le Débarquement. Il faut se souvenir que la Normandie n'est pas encore totalement libérée fin août, quand Paris l'est déjà. D'ailleurs La Presse Cherbourgeoise s'est fait l'écho des problèmes posés par ce que certains ont appelé "la seconde occupation". Des milliers de logements sont réquisitionnés. Les vols, les viols par des soldats américains (une trentaine sont commis en quelques mois dans la région de Saint-Lô) se multiplient. Les habitants n'osent plus sortir le soir. Des groupes d'autodéfense se créent. Mais pour la très grande majorité des Normands, les Alliés sont des libérateurs.
" En fait, il y a en Normandie trois cas de figure : d'abord les habitants des zones qui n'ont pas souffert des bombardements, ni des combats de la libération. Pour eux, la joie est complète. Et puis il y a ceux qui ont subi les bombardements alliés entamés par les Anglais dès 1940 - et qui ont perdu des proches et des biens. Pour ceux-ci, la joie est mitigée. Et puis il y a ceux qui ont vu leur village ou leur ville écrasés sous les bombes. Certains d'entre eux - comme à Saint-Lô - accueillent les libérateurs en levant le poing, en signe de colère devant toute cette dévastation. Le sentiment que les Américains se conduisent "plus mal que les Allemands" se répand dans certaines villes, comme à Cherbourg. "
En France, le bonheur de la libération d'abord, le consensus politique ensuite ont étouffé toutes ces voix discordantes. " Pendant la guerre froide (1947-1953), la France était l'alliée des États-Unis et personne ne voulait prêter l'oreille à ces bruits, rappelle Michel Boivin. Et puis, tout cela nous renvoyait à une période peu glorieuse pour les Français, celle de la collaboration et de l'Occupation, dont on n'avait guère envie de parler. Il a fallu attendre 1994, et le cinquantième anniversaire du Débarquement, pour que l'on consente enfin à écouter ces témoignages. "
Soixante ans après les faits, la Normandie peut enfin regarder en face tout son passé. Le sentiment de reconnaissance pour l'armée américaine, qui a perdu mille vies au kilomètre sur les routes normandes, est intact. Mais on admet enfin aujourd'hui, comme l'a écrit l'historien Jean Quellien (4), que " la Normandie a chèrement payé le prix de sa libération et de celle de la France ".

(1) Catherine École-Boivin, L'Enfant-Loup de Blanche, Éditions Cheminements
(2) J. Robert Lilly, La Face cachée des GI's, éditions Payot
(3) Michel Boivin, Les Manchois dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, tome 6 (éditions Eurocibles, 50570 Marigny)
(4) Auteur avec Geneviève Le Cacheux du Dictionnaire de la Libération du Nord-Ouest de la France, éditions Charles Corlet, 1994.

  Lest We Remember?

History is never quite as clear-cut as it is seems, and it has taken some six decades for some of the more unsavoury aspects of the Normandy Landings to emerge. It was not until the euphoria of the fiftieth anniversary of D-Day that local people, always wary of being thought ungrateful, dared to remind us of the heavy price that had been exacted from them. In addition to a civilian death toll of twenty thousand, many more had lost their homes, been forced to flee or were the victims of shameful episodes of looting.

Historians were the first and most vocal critics. As early as the 1980s, they started questioning the massive bombing of towns and villages. Referring to Saint-Lô, which was totally razed to the ground, Michel Boivin explains that 'as it was a major road junction, the Allies deemed that they had to destroy the town in order to delay the advance of German reinforcements. The US Army staff was anxious to spare the lives of its soldiers as far as possible. Hence the machine-gunning of anything that moved.' He goes on to say that the local populations could be divided into three groups, beginning with people living in areas which did not witness any bombing raids or fighting during the Liberation. 'They were genuinely overjoyed. Then there are those who experienced the Allied bombing raids that had been initiated by the British in 1940, and who lost their nearest and dearest, as well as all their worldly goods. For them, their joy was more subdued. Finally, there are those who saw their town or village flattened by the bombs. Some of them - in Saint Lô, for instance - greeted the liberators with raised fists.'
These raids occurred in the initial stages of the conflict, but the prolonged presence of Allied troops on Norman soil led to fresh resentment. Michel Boivin comments that 'there was a feeling that the Americans behaved worse than the Germans', nowhere more so than in Cherbourg, where the GIs remained billeted in large numbers for a considerable amount of time. Newspapers carried complaints about this so-called 'second occupation', internal US Army memos deplored the behaviour of a tiny minority bringing the whole army into disrepute, and in one village, young people formed a militia to counter the actions of 'bands of marauding soldiers'. One of the most sensitive issues was rape. As many as 4,000 rapes are thought to have been committed in France during the Landings, while between 1942 and 1945, some 17,000 women and children were raped in England, France and Germany. 95% of cases went unreported, as women were reluctant to undergo the humiliation of giving evidence before a court martial, where they would be required to use 'a precise anatomical vocabulary' and prove that there had been intercourse without consent.
Some of the stories now coming to light have been studied by J. Robert Lilly, professor of sociology and criminology at Northern Kentucky University. In 2003, he published Taken by Force: Rape and American GIs in Europe in WWII, a harrowing and detailed account of rapes committed by US troops.
In an example of how real-life events can inform works of fiction, Normandy-born novelist Catherine Ecole-Boivin has just published L'Enfant-Loup de Blanche, in which she recounts the story of Blanche, a young girl who is savagely raped and slashed by a soldier of mixed race, who also murders her future father-in-law when he tries to intervene. He is hanged in the place where the crime was committed, in line with US Army practice, and Blanche gives birth to a boy named Normand. An attempt to drown the child is thwarted and she agrees to raise him, though refuses to show any physical sign of affection. Normand goes on to enjoy a successful career as a soldier, but his adult life is marked by failure to engage in any meaningful relationship with a woman. Only in the 1990s, after his mother has died, does he learn the truth - too late to learn how to love.
During the Cold War, when the French and Americans were close allies, a resolutely deaf ear was turned to any hint of disagreement with the accepted version of events, and in any case nobody wanted to be reminded of the inglorious years of Occupation and collaboration. This new tide of works, both fiction and non-fiction, may bring what is fashionably called 'closure' to this complex episode. Our gratitude to the US Army, which lost a thousand soldiers for every kilometre of road in Normandy, remains undimmed, and rightly so. But we can now legitimately assert that, in historian Jean Quellien's words, 'Normandy paid a heavy price for its liberation and that of France'.

  Julian Taylor à Vascœuil

Julian Taylor, La Gare des Eyzies au printemps

Le château de Vascœuil accueille jusqu'au 16 septembre les œuvres du peintre anglais Julian Taylor.
Né en 1954 dans une famille d'artistes, il se forme aux beaux-arts en Angleterre. Il vit en France depuis 1975. Il s'inscrit dans la tradition figurative de l'école anglaise du xixe siècle, avec Constable et Sisley.
Julian Taylor est un " peintre d'atmosphère ". Celle née d'une relation intime avec son environnement, qu'il s'agisse de la campagne, de la mer, de la ville (toits de Paris, rues de Venise...), voire même de l'univers ferroviaire (trains, gares, passages à niveau...) Ses " portraits de paysages " expriment une poésie silencieuse qui invite à la réflexion, l'artiste œuvrant avec la précision d'un miniaturiste.
Le paysage marin est l'un de ses sujets de prédilection. Ses bateaux, phares, balises, ports traduisent l'univers de lieux aimés ; de la couleur changeante des éléments aux diverses beautés du littoral, rien ne lui échappe, en marin expérimenté qu'il est. Les détails de ses œuvres révèlent sa profonde connaissance de la mer, des navires et des ports. La rétrospective présentée au Château de Vascœuil jusqu'au 16 septembre réunit près d'une centaine d'œuvres.

Ouvert en été tous les jours de 11 h à 18 h 30 et du 1er au 16 septembre de 14 h 30 à 18 h, sauf le lundi.
www.chateauvascoeuil.com

Château de Vascœuil
8, rue Jules-Michelet
27910 Vascœuil
tél. 02 35 23 62 35

  Statue d'Ariane cherche destin

 
Œuvre du peintre et sculpteur normand
Claude Quiesse et de ses fils, Aurélien
et Julien, Ariane et son fil, allégorie de
la recherche, inspirent les têtes pensantes
du laboratoire bioMérieux à Grenoble

Une statue en bronze monumentale (hauteur : 4,70 m, poids : une tonne) a pris place à l'entrée du Centre de recherches Mérieux à Grenoble. Elle a les yeux fixés au loin, sur les cimes ennuagées des Alpes. Conçue par le peintre et sculpteur normand Claude Quiesse et ses fils, Aurélien et Julien, elle a fait le voyage depuis Bréauté-Beuzeville (Seine-Maritime), où elle a pris naissance grâce aux soins attentifs du fondeur Régis Bocquel.
Un partenariat de longue date unit Claude Quiesse à Mérieux. Le groupe pharmaceutique français a déjà acquis le cheval de Guillaume le Conquérant, puis les trois Parques, qui ont pris place dans les locaux de bioMérieux à Lyon. La statue d'Ariane a, elle, été installée à Grenoble, en hommage à Christophe Mérieux, vice-président du groupe pharmaceutique, qui était chargé du secteur Recherche et Développement. En accord avec son père, Alain Mérieux, Christophe avait souhaité commander cette statue à Claude Quiesse. Le jeune chercheur est décédé accidentellement en 2006.
Pour Claude Quiesse, assisté d'Aurélien et de Julien, dix-huit mois d'un travail intense ont été nécessaires pour réaliser Ariane, depuis les premières esquisses jusqu'à la livraison à Grenoble. Chaque élément est réalisé et assemblé dans l'atelier des sculpteurs, dans un village du Bessin. La statue en bronze a été réalisée d'après un modèle en acier peint qui se trouve toujours dans l'atelier. Claude Quiesse " cherche un destin " pour cette impressionnante statue qui prend admirablement la lumière. On la verrait bien dans le hall d'une grande banque, ou d'une grande entreprise. Et pourquoi pas, pour une fois, en Normandie ? Les artistes de la région seraient-ils condamnés à regarder ailleurs, ou à aller travailler ailleurs, pour trouver une réponse à leur talent ?

72 pages tout couleur
£2 / 3 Euros
8 Numéros par an

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