numéro 198

Au sommaire du numéro décembre 2004 - Janvier 2005

 Les " Hommes de l'année "

  • Laurence Equilbey
    Chef du chœur Accentus, elle est en résidence à l'Opéra de Rouen
    Heavenly choirs
  • Sandrine Hurel
    À trente-six ans, " la petite Hurel " est la plus jeune sénatrice de France
    Voice in the Wilderness?

 Que se passe-t-il en Normandie ?

  • À travers la presse anglo-saxonne
    Docteur Chirac et Mr Bush
  • Le grain de sel d'Albert du Roy
    Le défi chinois
    The China Syndrome
  • Distinction
    Le 4 décembre 2004, Cindy Fabre (Miss Normandie) est devenue Miss France
  • La nouvelle carrière de la pierre de Caen
    La pierre de Caen renaît depuis la réouverture des chambres souterraines de Cintheaux, au sud de Caen
  • Le coup de gueule d'Anne Carpentier
    " L'art d'enfiler des perles "
    Cette fois, c'est la bataille du oui et du non au sein du PS qui a fait réagir notre sensible chroniqueuse
  • Transmanche
    Un navire rapide pour Brittany Ferries Le Normandie Express entre en service le 15 mars sur les lignes de Caen/Ouistreham-Portsmouth et Cherbourg-Portsmouth

 Magazine

  • Plantu est-ce que-t-il ?
    L'année corrigée par l'incorrigible Plantu
    A cartoonist with attitude
  • La bière Paillette de retour au Havre
    Après une absence de plus de vingt ans, Le Havre a retrouvé sa bière favorite
    The name on everyone's lips
  • Pépinières du pays d'Auge : un couple de choc
    A Cambremer, dans le Calvados, Jacques et Armelle Noppe ont décliné dans leur jardin toutes les richesses de leur grande pépinière
    Take on field...
  • Au bois de mon cœur
    Les vertus de la haie normande pour obtenir un combustible naturel, économique et... qui sent bon !
    Hedging your bets
  • Le bal des vampires
    Saviez-vous que le comte Dracula vous donne rendez-vous dans le Nord de l'Angleterre ?
    Haunting Memories

 Art de vivre

  • Histoires Naturelles par Alain Hervé
    Citoyens de l'infini
    The Pleasure Principle
  • Expos
    - Rétrospective Jef Friboulet à Rouen et à Grand-Couronne
    - Le Père Noël est passé au Musée du Havre
    - Une Havraise d'origine, Hélène Senn-Foulds, a donné 250 œuvres de grands maîtres au musée Malraux
  • Musique, danse, théâtre, cirque
  • La page des enseignants (Traduc Pursuit)
    Meilleurs vœux
    Season's Greetings
  • L'estampille et le marteau
  • Les Potins des Fourneaux

 Humour

  • L'idée de l'année

Les " hommes de l'année "

Laurence Equilbey

Laurence Equilbey a réussi un exploit : les amateurs de musique classique ont placé deux de ses plus récentes productions au nombre des CD classiques les plus populaires. Ainsi Transcriptions, son dernier CD, se classe cinquième des meilleures ventes en cette fin d'année 2004. Ce succès est à mettre au compte du patient travail réalisé depuis 1991 par Laurence Equilbey. C'est en effet cette année-là qu'elle fonde le chœur de chambre Accentus dont la vocation est de promouvoir le répertoire a cappella, en particulier celui de ces deux derniers siècles, et de participer activement à la création contemporaine. Laurence crée parallèlement en 1995, le Jeune Chœur de Paris qui est devenu en 2002 le premier centre de formation pour jeunes chanteurs.
À part le fait que son père est originaire du Mont Saint-Michel, quel rapport y a-t-il, direz-vous, entre cette talentueuse musicienne et la Normandie ? Tout simplement que la ville de Rouen et la Région Haute-Normandie soutiennent déjà son travail. Toutes les créations d'Accentus sont présentées dans la capitale haut-normande. Et Laurence Equilbey est depuis 1998 chef du chœur de l'Opéra de Rouen Haute-Normandie et dirige régulièrement l'Orchestre Léonard de Vinci.
Formée à Paris, Vienne et Stockholm, Laurence Equilbey étudie la direction principalement avec le chef suédois Eric Ericson. Grâce à son expérience musicale à l'échelle européenne, et ses liens privilégiés avec le répertoire des pays d'Europe du Nord, elle apporte une contribution essentielle à la diffusion et au renouveau du répertoire vocal a cappella en France.

Accentus a été créé en 1991. Est-ce que vous referiez ce parcours ?
   - Je ne regrette rien, bien sûr, même si ça a été dur, je ne vous le cache pas. Une sorte de traversée du désert. Je ne sais pas si je serais capable de le retraverser ! Chanter a cappella demande beaucoup de répétitions, c'est un peu comme la musique de chambre, et payer 32 chanteurs demande certains moyens, donc des soutiens. Nous en avons, mais au bout de douze, treize ans, nous ne sommes pas encore arrivés à une certaine forme de sérénité sur ce plan-là.

Quel a été votre premier contrat en Normandie ?
   - Nous sommes arrivés à Rouen en 1998. J'espère bien continuer ce travail avec la Haute-Normandie et aussi resserrer les liens avec la Basse-Normandie. Nous intervenons déjà à Caen, à Cherbourg... J'aime beaucoup l'idée de la grande Normandie. Déjà nous présentons depuis cinq ans tous nos nouveaux programmes à Rouen. Par ailleurs, je m'occupe aussi du chœur de l'Opéra de Rouen. Une partie est constituée de chanteurs régionaux et l'autre partie est directement liée à moi, ce qui me permet de faire des castings assez stylés en fonction des projets. C'est une forme de résidence.

Malgré votre notoriété, vous avez encore des difficultés à trouver des moyens ?
   - Oui, et je trouve que c'est anormalement long. Je pense que nous avons su prouver les qualités d'Accentus et l'intérêt du public qui remplit les salles, est évident. Je ne dis pas ça seulement pour mon ensemble mais je trouve que la France aurait besoin de quelques instruments de ce type répartis dans l'Hexagone et qu'il y a urgence à leur donner une structure pérenne et solide.

Quelles qualités faut-il pour être chef d'orchestre et chef de chœur ? Il faut être stalinien ?
   - Pas du tout. Je pense qu'il faut surtout avoir une grande technique, une grande palette. Surtout, il faut jouer avec
l'inconscient collectif des gens et la sensibilité de chacun. Ce n'est pas évident mais on y arrive. " 

Heavenly Choirs

In the world of the arts, our Personality of the Year is Laurence Equilbey, conductor of the Accentus choir whose latest CD, Transcriptions, had reached fifth place in the sales charts at the end of 2004.
It was in 1991, after studying in Paris, Vienna and Stockholm, that Laurence Equilbey founded her now famous a cappella choir, Accentus. Four years later, she went on to establish the Paris Youth Choir, which became the first ever training centre for young singers in 2002.
Like Edith Piaf, Laurence 'ne regrette rien', although she does not deny that there have been difficult times. ' A cappella singing [without instrumental accompaniment] requires a great deal of rehearsing, and you have to find the money to pay thirty-two people.'
Nearly thirteen years after it was formed, the choir has yet to achieve total financial security, even though it sings to packed houses. Without adequate resources, it is hard to fund foreign tours, offer affordable concerts and, above all, produce a repertoire that is 'slightly off the beaten track'. It owes its achievements so far to 'a form of crusading energy' and an assortment of subsidies, 'but now we're entering the big league, we'll need proper funding. If we're to become a lasting, international ensemble, we can't go on in this way.'
Two of the choir's most loyal sponsors are Rouen City Council and the Upper Normandy Regional Council, and it presents all its new programmes in the regional capital. Since 1998, Laurence has been in charge of the choir of the Rouen Opera and also regularly conducts the Leonardo da Vinci orchestra. She is now hoping to establish closer links with Lower Normandy. 'We already give concerts in Caen and Cherbourg. I very much like the idea of a single, united Normandy'.
Of course, we could not end without trying to find out exactly which qualities a choir conductor needs to possess. Apparently there are no iron fists in velvet gloves, but considerable technical mastery and, above all, an ability 'to play with people's collective unconscious and their individual sensitivity. It's not easy, but you can get there if you try.'

 

Les " hommes de l'année "

" La petite Hurel ", la benjamine du Sénat

Toute petite, Sandrine Hurel est tombée dans la potion politique. Son père, Gilbert Hurel, est le maire (socialiste) de la commune de Touques, près de Deauville. Bon sang ne saurait mentir : aujourd'hui " la petite Hurel " est conseillère générale de Dieppe Est et cet automne, elle a été élue au Sénat au siège d'Henri Weber, dont elle était l'assistante. À trente-six ans, un record !

Adolescente, elle disait déjà : " Je serai députée quand je serai grande. " Avec en poche le bac, obtenu au lycée André-Maurois de Deauville en 1985, elle part pour Caen suivre une formation en secrétariat. Mais la politique reprend vite le dessus. C'est l'époque où le PS veut changer la vie. Louis Mexandeau, mitterrandiste, est alors ministre des PTT. " J'ai travaillé avec lui à la fédération PS du Calvados, puis à la mairie d'Hérouville-Saint-Clair avec François Geindre. "
Durant l'été du bicentenaire de la Révolution, en 1989, Sandrine Hurel rencontre Laurent Fabius. " Un choc ". Le président de l'Assemblée nationale la recrute comme collaboratrice.
De l'automne 1995 à l'été 2004, la Normande battante est l'assistante parlementaire d'Henri Weber, le sénateur devenu depuis député européen, et dont elle occupe aujourd'hui le siège à la haute assemblée.
Le jour de la rentrée parlementaire, début octobre, au Palais du Luxembourg, les applaudissements des hommes - 275 sénateurs pour 56 sénatrices - sont nourris. Dans son ensemble bleu couleur de mer, Sandrine Hurel, trente-six ans, la jeune élue de Seine-Maritime, descend l'hémicycle et s'assied à côté de la doyenne, Paulette Brisepierre, quatre-vingt-sept ans, afin de procéder à l'élection du président. Dans les tribunes, le maire d'une commune du Calvados est tout ému de voir sa petite fille appelée aujourd'hui sénateur.
" C'est mon père, dit-elle, qui m'a donné le goût de l'action publique et l'envie de m'engager. Quand j'avais dix, douze ans, j'ai participé aux campagnes électorales législatives à ses côtés dans la circonscription de Deauville. Son adversaire était Michel
d'Ornano. Coller des affiches, distribuer des tracts, assister aux réunions... J'ai tout fait. Deauville reste une terre de mission pour les socialistes ! (rire). Pourtant mon père a réussi à mettre en ballottage Michel d'Ornano en 1981, ce qui n'était pas une mince affaire à l'époque. Cette année-là, il avait dû faire 32 % ou 33 % dans l'ensemble de la circonscription. À Deauville, on a du mal à dépasser les 20 %.

Le Sénat reste quand même très conservateur ?
   - C'est l'assemblée la plus conservatrice puisque le mode de scrutin empêche totalement qu'il y ait une alternance. C'est la seule assemblée dans ce cas. C'est pourquoi le groupe socialiste se fixe pour objectif de réformer le mode de scrutin afin de permettre une alternance démocratique.

Quels sont les sujets qui vous tiennent à cœur, ceux que vous aimeriez voir déboucher assez rapidement ?
   - Avec la décentralisation, j'ai peur qu'on soit en train d'asphyxier complètement les collectivités locales. En tant que conseillère générale, je suis concernée au premier plan puisqu'un certain nombre de transferts ne pourront pas être compensés. C'est, par exemple, le cas des TOS. Le groupe socialiste au Sénat propose certains amendements pour que les conseils généraux et régionaux puissent mettre en œuvre leur politique. Le transfert des TOS se traduira par mille ou deux mille emplois supplémentaires à assumer pour le Département et la Région et si l'État ne compense pas à l'euro près, ce sont les impôts qui vont augmenter. Et pourtant aujourd'hui, ni la Région ni le Département n'ont envie d'augmenter les impôts. Ce n'est pas au citoyen de supporter la charge de ces transferts.

Que pensez-vous du fait que l'on soit encore obligés de faire appel aux Restos du Cœur de Coluche pour nourrir des millions de Français ?
   - C'est quelque chose de dramatique que l'on n'a pas su gérer. Je le vois bien en tant que conseillère générale puisque la première mission du conseil général est quand même l'action sociale. Nous recevons quotidiennement des gens qui ont des difficultés pour se loger ou pour se nourrir. En 2004, c'est dommageable que l'on n'ait pas pu régler ce problème. Les gens sont aidés au maximum mais il y a des ménages surendettés, des situations très compliquées à gérer. Je pense que l'État doit prendre sa part de responsabilité. Il manque 200 millions d'euros sur le RMI qui n'ont pas été transférés.

Le "non" à la Constitution européenne, notamment des socialis-tes normands, ne risque-t-il pas de briser l'unité de votre parti ?
   - Non, cela n'a pas été la volonté ni de Laurent Fabius, ni des gens qui étaient à ses côtés et dont je fais partie. Ce "non", pour nous, était le moyen de redéfinir une véritable Europe sociale. Le vote des militants a permis d'ouvrir le débat. Jamais Laurent Fabius n'a fait de ce dossier un enjeu pour ou contre François
Hollande, c'était vraiment un enjeu européen. Il faut maintenant faire pour 2007 un beau projet. Nous allons travailler dans l'unité pour faire avancer nos idées et nos valeurs. Il y a du pain sur la planche ! "

Que se passe-t-il en Normandie ?

Le grain de sel d'Albert du Roy :
Le défi chinois


Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera est le titre d'un best-seller d'Alain Peyrefitte publié en 1973. Eh bien ! la Chine s'éveille. Et le monde a quelques raisons de trembler. Mais pas selon le scénario imaginé à l'époque, quand ce pays-continent s'extirpait avec douleur de la " révolution culturelle ", affrontait l'URSS et vénérait encore le " grand Timonier " Mao Tsé-tung. Qui imaginait alors que l'Empire du Milieu, utilisant les armes du capitalisme abhorré, deviendrait un concurrent redoutable des états industriels libéraux les plus avancés ? Non seulement c'est le plus grand marché de la planète (près d'un quart de l'humanité !) dont aucune entreprise ambitieuse ne peut se désintéresser, mais en plus il substitue son savoir-faire, son dynamisme et sa main-d'œuvre aux nôtres, attirant nos investissements et nous inondant de ses produits. La Chine s'approche à grands pas des plus hautes marches du podium économique mondial.

Plutôt que de trembler, il faut d'abord s'en réjouir. Pour les Chinois. Nous, Européens, en avons fait l'expérience au cours des deux derniers siècles, le développement entraîne un double bienfait : social, car la misère recule, et politique car la prospérité, même relative, a un corollaire automatique, la démocratisation. La Chine y viendra, et nul ne peut le regretter.

Sans doute cette montée en puissance a-t-elle à court terme des effets pénibles pour beaucoup de nos entreprises. Mais à long terme, elle peut nous être bénéfique, nous forçant à redoubler de dynamisme, d'inventivité, à nous remettre en cause, à nous débarrasser d'une certaine arrogance de parvenus. De quel droit revendiquerions-nous le monopole du progrès ?

Après le Japon et la Corée, avec l'Inde et le Brésil, la Chine devient un géant. C'est comme ça ! Comment rester dans le coup ? Certainement pas en nous repliant sur nos complexes tricolores, mais en nous hissant au niveau de ces nouveaux géants. Cette ambition se résume en un seul mot : l'Europe. Tout ce qui enraye le processus européen nous promet un avenir qui lui aussi tient en un seul mot : la décadence.

The China Syndrome

Napoleon is often credited with the warning that 'When China wakes, the world will tremble'. China is indeed waking up now, and the world does indeed have several reasons to tremble. But not in the way that it might have done a few decades ago, when this country the size of a continent was painfully emerging from the 'cultural revolution', defying the Soviet Union and continuing to venerate Chairman Mao, its 'Great Helmsman'. Who could have imagined back then that the Middle Empire, using the very weapons of the capitalism it claimed to despise, would become a feared rival of the most advanced and liberal industrialized nations? Not only is it the largest market in the world (nearly a quarter of the human race!), which no ambitious company can afford to ignore, but it is also substituting its know-how, dynamism and labour for our own, sucking in our investment and flooding us with its products. China is confidently scrambling up to the top of the world's economic podium.

Instead of trembling, however, we should be rejoicing. For the Chinese people. Over the last two centuries, we Europeans have been able to see for ourselves how development brings in its wake both a social benefit, in that it reduces poverty, and a political one, in that even relative prosperity automatically results in greater democracy. China will get there in the end and it would be churlish to resent its success.

In the short term, this sudden increase in its economic power will doubtless have unpleasant side-effects for many of our companies. In the long term, however, we will profit from it, too, as it will force us to become even more dynamic and inventive than before, question some of our long-held assumptions and relinquish some of our parvenu arrogance. After all, by what divine right can we claim a monopoly on progress?

After Japan and Korea, China is becoming a giant, alongside India and Brazil. That's life! And if we want to keep up with them, the worst thing we can do is wrap ourselves in our flags and wallow in self-pity. The solution, in a single word, is Europe. Anything which stands in the way of greater European harmony and cohesion will condemn us to a future which can also be summed up in just one word: decadence.


Que se passe-t-il en Normandie ?

Et Cindy, Miss Normandie, devint Miss France

" La Normandie a donné quatre Miss à la France ", nous précise Geneviève de Fontenay. Vingt ans après Martine Robine, une Falaisienne de dix-neuf ans, Cindy Fabre, a décroché le 4 décembre ce titre envié. Son sourire radieux réchauffera notre hiver.

" De l'étranger, j'apprends votre superbe élection, ce week-end, au titre de Miss France. Je vous envoie mille bravos. C'est un grand honneur pour notre département d'avoir une ambassadrice d'élégance et de charme comme vous. Portez haut les couleurs de Falaise, du Calvados et de la Normandie ! Sincères félicitations. " Ce télégramme est signé Anne d'Ornano, présidente du Conseil général du Calvados.
Et voilà, c'est parti. Vous vous appelez Cindy. Vous étiez une jeune fille de dix-neuf ans comme les autres. Originaire de la Guadeloupe (belle île en mer où a grandi votre maman), vous êtes née dans la Nièvre en 1985, et vous vivez en Normandie depuis cinq ans. Vous avez passé le bac, vous faites un BTS de secrétariat de direction à Argentan. Vous habitez Falaise où est né Guillaume le Conquérant. Vous n'aviez pas d'ambition particulière, encore moins de devenir Miss Normandie ou Miss France. Ayant toujours vécu dans un milieu modeste, vous ne vous prenez pas la tête. Vous restez simple, voire réservée.
Lorsque les copains, la famille vous poussent à vous présenter à l'élection de Miss Calvados, vous êtes sûre de perdre et le meilleur moyen de prouver que vous avez raison, c'est de dire " D'accord, je me présente ! " Et bingo ! La couronne vous échoit. Puis celle de Miss Normandie. Enfin, au soir du 4 décembre 2004, Mademoiselle Cindy de Falaise est devenue Miss France.
" Je ne mènerai pas une vie de princesse pour autant mais c'est vrai que je vais avoir la chance de rencontrer beaucoup de gens intéressants. Pour l'instant j'habite à Paris, dans un appartement de fonction pour les Miss France. Pour moi, être Miss France, c'est représenter la Normandie et les autres régions.
" Je n'ai eu aucun problème de racisme lorsque je suis arrivée en Normandie, quand j'avais quatorze ans. Les gens sont très généreux et ils m'ont tout de suite accueillie. Quand je me suis présentée au concours de Miss Normandie, je pensais qu'une métisse comme moi ne serait pas une bonne représentante de la région mais ce sont les Normands qui m'ont choisie pour la symboliser. "
Grande et très mince, avec son beau teint doré, Cindy n'évoque guère la Normande traditionnelle aux joues roses et au teint de lait. Geneviève de Fontenay, qui a toujours défendu les vertus esthétiques du métissage (on se souvient de ses commentaires goguenards sur les Miss des pays de Loire) s'en amuse. Et quant aux habitants de Falaise, où la nouvelle Miss France est revenue, en grande pompe, la semaine suivant l'élection, ils s'étaient massés par milliers, par un froid de canard, pour fêter leur héroïne. Et c'est vrai que ce joli brin de fille a apporté à ses concitoyens " un brin de bonheur ", un avant-goût de Noël.
Lorsqu'on demande à Cindy : " Si la baguette magique faisait partie de la panoplie de Miss France, qu'aimeriez-vous réaliser ? ", elle répond : " Supprimer la pauvreté, faire en sorte que tout le monde ait un logement et de quoi manger. Mais je pense que le ministre des Affaires sociales n'a pas de baguette magique qui puisse exaucer tous mes vœux. "
Comment ça se passe, une journée de Miss ? C'est tout simple : lever aux aurores, coucher à 23 heures, voire à une heure du matin. On est loin de la semaine des 35 heures... et bien sûr, il faut toujours être belle et souriante !
Au moment où la rédaction a Cindy au téléphone, il est 16 h 30, elle a juste le temps de répondre à quelques questions et de prendre un sandwich sur le pouce avant d'attaquer un prochain plateau télé.
Pas le temps de se poser des questions existentielles. Il faut tout simplement assurer.

Art de Vivre

Jef Friboulet à Rouen
quarante ans de peintures et de sculptures

2005 commence en Haute-Normandie sous le signe de Jef Friboulet. La région rend un triple hommage à l'artiste fécampois qui nous a quittés en mai 2003. Rouen et Grand-Couronne présentent jusqu'à la fin mars quarante années de peintures et de sculptures, toutes aussi fortes les unes que les autres.

Né en 1919 à Fécamp, fils d'un terre-neuvas, Jef Friboulet connaît très tôt l'orphelinat des marins et commence à travailler à l'âge de quatorze ans. En 1939, à dix-neuf ans, il s'engage comme pilote au 104e régiment d'aviation du Bourget et rejoint en Afrique les Forces françaises libres. Après la guerre, il fera trente-six métiers pour nourrir la famille mais ne quittera jamais sa palette. Et petit à petit il finit par s'imposer comme un artiste à part entière.
S'inscrivant dans le courant expressionniste français, Jef Friboulet aime représenter, notamment, des scènes de la vie quotidienne. Après une longue période de pratique classique de la peinture à l'huile, il se lance dans l'acrylique, faisant figure d'artiste pionnier en France. Jouant avec le contraste des couleurs, il sait exploiter les effets de lumière et de transparence.
C'est quand on parle technique et métier que Jef est le plus simple ; il devient une sorte " d'artisan d'art " qui a cherché tout au long de sa carrière à améliorer ses façons de faire comme avant lui, l'ont fait à Fécamp, par exemple, ces charpentiers de marine... C'est vrai, l'huile et l'acrylique se partagent ses passions, selon les moments. Il pratique également le monotype, ce dépôt de peinture à l'huile dû au hasard d'un serrage d'une feuille de papier fort contre une plaque de tôle. Alors, le peintre prend les couleurs qui sont là, au gré de la prédestination, et il compose, tout autour, des lignes fortes, brunes ou noires, zébrures délimitant des zones de couleurs vives ; l'influence de Jef Friboulet sur les jeunes peintres passe souvent par ce procédé plastique.
Il fallait être Jef Friboulet pour inventer ce petit détail de connivence avec l'objet. Jef utilise une toile de petite taille comme palette ; les teintes s'y côtoient en un fougueux combat. Bientôt l'artiste, qui ne connaît pas l'angoisse de la toile blanche, prend ces taches de couleur comme base d'une composition nouvelle. Cette technique maîtrisée est au service d'une inspiration variée : la mythologie comme la Bible, la guerre comme la mort ou les métiers manuels (Les Paysannes, Le Forgeron, Les Grappilleurs de charbon...), des natures mortes...
Sculpteur également, Friboulet se situe aux franges de l'informel. En collaboration avec le fondeur Régis Bocquel, il sait révéler d'inédites potentialités du bronze (Le Violoncelliste, La Golfeuse, Le Baiser...)
L'artiste a lutté chaque jour pour faire passer dans son art ce souffle et cette passion qui ont transformé le petit prolétaire autodidacte en un artiste reconnu. De nombreuses collections privées possèdent des œuvres de Friboulet dont celles de personnalités comme le général de Gaulle ou René Coty. En France, la Ville de Paris, les musées de Poitiers ou du Havre en possèdent également. Cependant les musées étrangers sont les mieux dotés comme ceux de Barcelone, Chicago, Genève, Saint-Pétersbourg, Londres, Madrid, Montréal ou Tokyo.


L'hôtel de Bourgtheroulde, siège du Crédit industriel de Normandie à Rouen, accueille du 14 janvier au 31 mars 2005 une soixantaine de toiles provenant essentiellement de collections privées, qui retracent quarante années de peinture.
À voir du lundi au samedi, de 9 h à 18 h 30. Fermé le dimanche.

Hôtel de Bourgtheroulde
15, place de la Pucelle
76000 Rouen
tél. 02 35 08 64 00

À deux pas du CIN, la Galerie Rollin à Rouen présente du 18 janvier au 5 février une quarantaine d'œuvres réalisées après 1995. Les œuvres sont ici proposées à la vente.
Ouvert du lundi après-midi au samedi, de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 19 h 30. Fermé le dimanche et lundi matin.

Galerie Rollin
31, rue Écuyère
76000 Rouen
tél. 02 35 70 10 72

Enfin, la ville de Grand-Couronne organise du 21 janvier au 13 février une exposition à l'Orangerie avec une quarantaine de toiles
datant d'une période plus ancienne.
Ouvert tous les jours (même le dimanche) de 15 h à 19 h.

L'Orangerie
Rue Georges-Clemenceau
76530 Grand-Couronne
tél. 02 35 67 15 37

64 pages tout couleur
£2 / 3 Euros
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