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Acteur
La parole à Marie-Paul Labey, présidente
de l'association des chemins du Mont-Saint-Michel
"La défense de l'environnement, c'est une course contre la montre"
Marie-Paul Labey reçoit ce 18 octobre la Légion d'Honneur. une distinction
bien méritée pour trente ans de militantisme au service de la nature.
Celle qui, en 1975, a sorti le dossier contre l'amiante anime aujourd'hui
des associations comme "Rivières et Bocages" ou "Les Chemins du Mont Saint-Michel".
"Lorsque j'étais à la Région, souligne Marie-Paul Labey, j'ai proposé
l'idée de créer les chemins du Mont Saint-Michel. Le Conseil régional
de Basse-Normandie avait fait beaucoup pour la reconquête du caractère
maritime du Mont et la défense du site de la baie, mais je trouvais qu'il
manquait une petite touche spirituelle et culturelle. J'ai donc proposé
de retrouver les chemins de pèlerinage qui menaient au Mont Saint-Michel,
sur le modèle des chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Le conseil
régional a suivi, puis les Départements bas-normands.
Le pèlerinage à Saint-Michel a existé avant celui de Compostelle ; il
a commencé en 708. On dit même que la coquille était le symbole du pèlerinage
à Saint-Michel, c'était la coquille que les pèlerins ramassaient dans
la baie. Ce n'est qu'après, cent ans plus tard, qu'il est devenu l'emblème
de Compostelle.
Comment est né le pèlerinage ?
- Un ange est apparu à l'évêque d'Avranches et lui a dit qu'il fallait
créer un oratoire sur cette pointe rocheuse qui s'appelait alors le mont
Tombe. L'évêque a eu ensuite deux autres visions et il a envoyé deux moines
au Monte Gargano, le grand lieu consacré à ce moment-là à l'archange Michel.
Les deux moines sont revenus avec, dit-on, un morceau de la tunique de
saint Michel et une pierre sur laquelle il s'était posé. Ce furent les
premières reliques déposées au Mont Saint-Michel, elles n'y sont plus
d'ailleurs. Ce qu'il y a d'extraordinaire au Mont Saint-Michel, c'est
le symbole : le Mont, c'est la Jérusalem céleste, la baie symbolise le
passage de la vie à la mort, et pour les pèlerins à la vie éternelle.
C'était le lieu lui-même qui était mystique, il n'avait pas besoin de
reliques.
Mais dans notre société obsédée par le fric, le pèlerinage, ce n'est
pas tendance !
- Je pense qu'il y a de plus en plus de gens qui ont envie de prendre
le temps de souffler et de redonner un sens à leur vie. Ils sont heureux
de faire une halte, de se rencontrer soi-même et de rencontrer les autres,
de casser les barrières sociales, de retrouver le goût de l'effort et
celui du risque. Le marcheur est dans l'esprit des pèlerins d'autrefois,
au milieu de la nature et dans la beauté des paysages. Nous pensons aussi
ouvrir ces itinéraires aux cavaliers parce que c'est fantastique de faire
le pèlerinage à cheval.
On s'aperçoit que vous avez raison, et même de plus en plus !
- Regardez, pour l'amiante, j'avais raison ! Mais il est difficile d'avoir
raison vingt ans trop tôt.
Rappelez-nous votre lutte dans les années 1970-1980, contre l'usine
Ferodo de Condé-sur-Noireau, devenue depuis Valeo.
- À l'époque, les dégâts de l'amiante sur la santé n'étaient pas tous
reconnus comme maladie professionnelle. J'avais dénoncé la pollution du
barrage de Pontécoulant par les déchets d'amiante. Les ouvriers sont venus
me voir pour me dire "Aidez-nous, parce que nous n'arrivons pas à faire
sortir nos problèmes de santé et de maladie professionnelle". J'en ai
vu qui m'apportaient leur dossier où ils n'étaient reconnus qu'à 40 %.
Deux mois après, ils mouraient. C'était terrible. Et c'est à ce moment-là
qu'à nous tous, les scientifiques de Jussieu, les ouvriers de Ferodo,
nous, les défendeurs de l'environnement et la revue Que choisir ?, nous
avons obtenu l'interdiction du flockage à l'amiante dans les locaux d'habitation.
Vous imaginez le nombre de morts qu'il y aurait aujourd'hui si nous n'avions
pas mené cette grande bataille, il y a vingt ans ?
Quel combat vous avez mené !
- C'était assez dur, je rasais les murs, je n'osais pas laisser ma voiture
à l'extérieur de chez moi parce qu'on avait menacé non seulement de crever
mes pneus mais de me jeter dans la rivière ! Ferodo était une très grosse
entreprise et les ouvriers eux-mêmes avaient peur de perdre leur emploi,
à part une poignée de la CFDT.
C'est bien de ne pas avoir eu peur ?
- Il ne faut jamais avoir peur, et c'est vrai qu'il faut protéger notre
environnement. Je me demande toujours si ce qui va le plus vite c'est
la prise de conscience que l'on suscite ou bien si ce sont les dégâts
causés par la société de consommation ! C'est une course contre la montre
permanente."
Pilgrim's Progress
England has its honours list, France has its Legion of Honour, and one
of the most recent and most deserving recipients of the latter is Marie-Paul
Labey. The distinction she received on October 18th is recognition of
thirty years spent fighting for environmental issues within Lower Normandy's
regional council, her work in exposing the dangers of asbestos way back
in 1975 and her leadership of associations such as 'Rivières et Bocages'
and 'Les Chemins du Mont Saint-Michel'.
It was while she was a regional councillor that Madame Labey first put
forward the idea of restoring the pilgrims' ways leading to Mont St Michel.
The council had already done a great deal to restore the mount's maritime
character, but she felt that it 'lacked that spiritual and cultural touch'.
This may seem a strange notion coming from a passionate environmentalist,
but Marie-Paul Labey has always been an ardent defender of public footpaths,
which 'allow each of us to commune with nature'.
Pilgrimages to St Michel started in 708, and it is said that the scallop
shells which came to symbolize Santiago de Compostela a century later
were first gathered by pilgrims in the surrounding bay. They began travelling
there after an angel had appeared to the bishop of Avranches and told
him to build a chapel on what was then called Mount Tombe. Other visions
followed and two monks were dispatched to the sanctuary dedicated to the
archangel Michael on the Gargano promontory in Italy. They returned with
what were to be the first two relics enshrined on the mount -neither of
which is still there. 'The mount symbolizes the heavenly Jerusalem, the
bay the passage from life to death and, for the pilgrims, to eternal life.
The place had its own mysticism. It didn't need relics'. In a society
obsessed with money, the new pilgrims' ways offer people an opportunity
to abandon the treadmill of daily existence in order to search for a new
meaning to their lives, meet people they would never normally encounter
and set themselves physical challenges. It should also be possible to
cover the various journeys on horseback in years to come.
Marie-Paul Labey's commitment to this new cause is as strong as it once
was for the anti-asbestos campaign, though at least this time she has
not received any threats from workers anxious about losing their jobs.
'It's hard being right twenty years too soon, and I'm always asking myself
whether our public awareness campaigns will ever catch up with the damage
caused by the consumer society. It's a constant race against time'.
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