Au sommaire du numéro de Décembre 1998

 A la Une
Londres invite Claude Monet
Water Lilies in Central London
Monet, "peintre du XXe siècle", et son ami américain John Singer Sargent sont les vedettes de l'hiver londonien.

L'évenement
Don Quichotte face au dictateur
Tilting at Dictators
Arnoldo Palacios, écrivain colombien, commente la décision des juges qui siègent à la Chambre des Lords de refuser l'immunité au général Pinochet.

Haute-Normandie : une université bilingue ?
Le Conseil régional de Haute-Normandie et le rectorat de l'Académie de Rouen vont présenter un projet filières bilingues français-anglais.

 Magazine
Le Bois des Moutiers, un jardin enchanté
English Roots
Cent ans après sa création par Guillaume Mallet, le Bois des Moutiers, près de Dieppe, émerveille toujours autant.

Des canards et des plumes
Jean Quellien et Christophe Mauboussin, historiens, ont fait un voyage au centre de la presse bas-normande de 1786 à la Libération. Une mine d'informations sur la vie de nos parents et grands-parents et sur la région.

La Normandie sort de sa coquille
Normandy Comes Out of its Shell
Les escargots seront-ils bientôt la plus belles conquête des éleveurs normands ?

 Economie
Du neuf dans l'A 29
Ce 10 Décembre, on a inauguré l'accès à l'A 29 via le Pont de Normandie et via L'A 28.

 Normandie-Moi tout
Le pari d'un pôle normand de construction navale
Le sursaut des responsables politiques de Haute et de Basse-Normandie pour imaginer une réponse aux difficultés rencontrées par les ACH.

Port 2000 : le feu vert du gouvernement
Ca y est, c'est parti, le premier ministre devrait signer courant décembre le bon à construire de la modernisation du port du Havre.

L'Evénement
Le commentaire d'Arnoldo Palacios sur l'arrestation du général Pinochet

Né à Cértegui, village de mines d’or et de platine de la province du Choco (Colombie), Arnoldo Palacios vit en Normandie depuis de nombreuses années. Il a choisi de s’installer en France " parce que c’est la patrie des droits de l’homme ". Nous sommes heureux de l’accueillir au sein de la rédaction en tant qu’éditorialiste.

J’ai fait la connaissance du Docteur Salvador Allende en Colombie, à Bogota. Dans une assemblée solennelle, dans l’enceinte de l’Académie colombienne de la Langue, devant un public enthousiaste, plein d’espoir, nous l’écoutions défendre personnellement le programme et les actions de son gouvernement d’Unité populaire. Il nous démontra, par exemple, chiffres à l’appui, que la nationalisation des mines de cuivre n’obligeait pas à indemnisation : elles avaient déjà produit bénéfices somptueux pour ses exploitants et misère pour la grande majorité du peuple. Magnifique orateur, voix et façons amicales. Formant un petit groupe d’étudiants, de gens de métiers, de mères de famille, de jeunes filles au chômage, de paysans, nous avons plus tard sollicité audience auprès du président Allende, qui nous accueillit à l’ambassade du Chili. Nous avions pris la décision de lui poser franchement la question, à lui-même : ne craignait-il pas un coup d’Etat ? Il nous répondit que l’armée chilienne, par tradition, avait toujours respecté la légitimité.
Le président succomba, fidèle à lui-même, lors de l’assaut que dirigea le général Augusto Pinochet Ugarte, le 11 septembre 1973.

Le poète prométhéique espagnol avait dit :
Il est mort, le héros
Son peuple va mourir.

Voilà que le 16 octobre de cette année 1998, le général est arrêté à Londres sur ordre de M. D. Baltasar Garzon Real, magistrat-juge auprès du tribunal central d’instruction n°5 de l’Audience nationale d’Espagne. Motif : " génocide, terrorisme et tortures ", (selon les nouvelles publiées).
Pourquoi est-ce l’Angleterre qui l’arrête ? Le mandat d’arrêt est international qui l’accuse de crimes contre l’humanité. Pourquoi est-ce d’Espagne que l’ordre de capture est lancé ? Parce que le magistrat Baltasar Garzón est espagnol, comme Don Quichotte, et parce qu’il est hispano-américain par le droit du sang. Tout le sang de l’Espagne pour une goutte de lumière ! dit encore le poète prométhéique Leon Felipe, l’Espagnol. Et il continue : Don Quichotte entre dans l’histoire, en habits de clown, et il clame par tous les chemins : "Justice ! Justice ! Justice !" Seuls, les éclats de rire du monde lui répondent : Il n’y a pas de justice ! Il n’y a pas de justice ! il n’y a pas de justice ! Ha ! Ha ! Ha !
Le magistrat Garzón Real vient d’interpeller la Justice et, du coup, il a sonné un branle-bas de combat dans le guêpier. Tout le monde va croire en la justice et demander que, sur-le-champ, on ouvre des hôpitaux, on fasse disparaître la faim, l’ignorance, la guerre... Comment est-il possible que, dans la Ville Lumière, à Paris, on meure d’inanition et de froid ?

Arnoldo Palacios
Ecrivain colombien

Vous pourrez lire dans le magazine les versions anglaise et espagnole du texte d'Arnoldo Palacios.

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Magazine
Le Bois des Moutiers, un jardin enchanté

Il y a cent ans, Guillaume Mallet créait près de Dieppe son fabuleux jardin, le Bois des Moutiers. Soigneusement entretenu par ses descendants, il émerveille toujours autant.

Né en 1860, héritier d’une famille de banquiers protestants, Guillaume Mallet est aussi l’arrière-petit-fils de Christophe Oberkampf, le cofondateur de la Manufacture des Toiles de Jouy. C’est pourquoi son enfance se déroule à Jouy-en-Josas, dans un parc à l’anglaise dessiné sur les conseils de Thomas Blaikie, un célèbre jardinier britannique. Les jardins, l’Angleterre : les deux mots-clés du destin de Guillaume Mallet sont déjà présents dans son enfance. Quand la guerre de 1870 chasse les Mallet de Jouy, ils trouvent refuge dans l’Ile de Wight, à Shanklin, " le plus délicieux endroit que l’on puisse imaginer ". Le paysage et la végétation marqueront le jeune Guillaume. Il les retrouvera plus tard, presque semblables, au Bois des Moutiers.

Il voyage en Europe et l’idée de créer un jardin commence à lui trotter dans la tête. En 1895, à l’âge de trente-cinq ans, il épouse Marie-Adélaïde Grunelius. La jeune fille, comme lui, appartient à cette grande bourgeoisie européenne, cosmopolite, ayant le goût des belles choses. Bientôt la belle-sœur de Guillaume invite le jeune couple à séjourner à Dieppe... Le charme opère immédiatement. Séduit par le site de Varengeville-sur-Mer, Guillaume achète une bâtisse qui a pour principal intérêt d’être entourée de douze hectares de terrain dominant la mer.
C’est par leur entourage familial que les Mallet entrent en contact avec l’architecte anglais Edwin Lutyens, alors âgé de vingt-neuf ans. Le jeune prodige anglais transforme l’esthétique de la maison en lui ajoutant un corps de bâtiment éclairé de cinq grandes fenêtres en encorbellement et coiffé de deux hautes cheminées. Cette partie abrite un vaste escalier intérieur qui confère à la maison une extrême luminosité, comme les nombreuses petites fenêtres.

En même temps les Mallet se lancent dans l’achat de plantes pour leur immense jardin. Edwin Lutyens leur a fait connaître Gertrude Jekyll, la grande paysagiste anglaise. Sur ses conseils, ils mêlent azalées et bruyères tandis que sous un bois de pins poussent digitales, verbascums et fougères. Les pépiniéristes de l’Europe entière sont mis à contribution pour fournir des plantes dont la liste ne cesse de s’allonger.
On voyage au Bois des Moutiers dans un décor sans cesse renouvelé, où une explosion de couleur succède à une reposante bouffée de vert. Un itinéraire escarpé nous fait descendre au fond de la vallée où de grands arbres voisinent avec une étonnante variété de rhododendrons, d’hydrangéas et d’azalées. Dans chaque clairière domine une espèce particulière : rhododendrons de l’Himalaya, azalées de Chine, cèdres d’Afrique, érables du Japon, Eucryphias du Chili, cèdres verts et bleus, chênes verts, rouvres... jusqu’à la récompense : la mer.
Aujourd’hui, cent ans après les premiers coups de bêche, l’arrière-petit-fils de Guillaume Mallet, Antoine Bouchayer-Mallet, accorde tous ses soins à cette réalisation exceptionnelle, pour le plus grand plaisir des visiteurs du XXIe siècle.

Catherine Forestier
Retrouver le texte intégral dans le numéro de Décembre 1998 de Normandie Magazine.
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 Economie
Du neuf dans l'A 29

Ce 10 décembre, on a inauguré l’accès à l’A 29 via le pont de Normandie et un nouveau ruban autoroutier entre Yvetot et Saint-Saëns qui relie l’A 28 à l’A 29. Pour leur part, les communes de l’estuaire espèrent que ces nouvelles liaisons leur apporteront un maximum de retombées économiques.

" Nous sommes au tournant de notre histoire économique " n’hésite pas à dire le maire et conseiller général écologiste de Honfleur, Michel Lamarre. Carte en main, il explique que sa ville se trouve désormais à 50 minutes de Rouen et 1 h 35 de Paris, à 3 heures de Lille, 45 minutes de Caen, 2 h 30 de Rennes et à 15 minutes du Havre. Inutile de dire qu’il attend beaucoup de cette nouvelle donne géographique. A la sortie de l’échangeur du plateau de Gonneville, à un jet de pierre du Vieux bassin, " tout est prêt " sur un terrain de 15 hectares pour accueillir de nouvelles entreprises qui rejoindront Canon, La Compagnie des Signaux, le fabricant de chemisiers Anne Fontaine et le bowling, " le plus grand du Pays d’Auge ".
Honfleur et l’estuaire ne veulent pas tuer la poule au œufs d’or du tourisme : " Le fonds de commerce du canton, c’est la qualité des paysages ". On sait qu’une forte proportion de résidents principaux et secondaires s’est installée dans le Pays d’Auge, attirée par la beauté et la qualité des sites. Dans cet esprit, le maire et conseiller général de Honfleur a été attentif à l’intégration de l’autoroute dans le paysage. " C’était un pari, mais il faut reconnaître que le maximum a été fait pour réduire les nuisances, tant visuelles que sonores. Cette autoroute est un exemple au niveau national ".

Lorsque le pont de Normandie a posé son immense pied sur la commune de La Rivière Saint-Sauveur, l’angoisse était à son comble. Mais si aujourd’hui la langue de bitume est bien là, frôlant commerces et habitations, elle s’est faite " aérienne " grâce à un viaduc qui enjambe le village à pas de géant. Le maire de La Rivière, Michel-Olivier Mathieu, le trouve même " joli ", ce viaduc. Ses arcades lui donnent, il est vrai, des airs de gigantesque sculpture contemporaine. " L’ouvrage n’a rien à voir avec celui initialement prévu. Il est le fruit d’efforts communs entre les élus de la région et l’administration " note-t-il avec satisfaction. Sous le viaduc, le maire a en tête des projets d’aménagement tels que parking, jardin public, place de marché...
Désormais à l’abri sous les arcades de l’autoroute, La Rivière Saint-Sauveur pense à son avenir économique. " Avec le pont, les habitants ne voyaient rien de bon et redoutaient une invasion venue du Havre. En fait, ce fut une révolution tranquille et les flux de circulation se sont développés des deux côtés. L’autoroute va produire les mêmes effets. Cet ensemble d’infrastructures est digne de notre région " souligne Michel-Olivier Mathieu.

Adjoint au maire du Havre, " un port à vocation intercontinentale qui a une carte à jouer au niveau européen ", Jean-Marc Olivier est un utilisateur régulier des autoroutes toujours congestionnées qui desservent les grands ports d’Anvers ou de Rotterdam. Pour lui, il ne fait aucun doute que Le Havre est désormais bien placé et compte " sur le lobbying des camionneurs qui sauront apprécier l’intérêt des autoroutes normandes ". Quant à André Desperrois, le maire de Pont-L’Evêque, il rappelle que " Le pont de Normandie a toujours signifié pour nous un espoir. Nous pensons que le pont devrait créer dans l’avenir un formidable appel d’air économique. Et ces nouveaux rubans qui sont créés aujourd’hui vont faciliter cette complémentarité avec la rive droite, beaucoup plus industrialisée. De notre côté nous espérons attirer des industries légères, du tertiaire, de l’agroalimentaire. Nous avons pour nous un environnement exceptionnel. La qualité de la vie est devenue une donnée essentielle. " Ces nouveaux nœuds autoroutiers devraient permettre de mieux appréhender l’avenir. La région sera mieux irriguée, la grande ville du Havre, mieux reliée, sera apprivoisée par ces communes rurales qui ont conservé un commerce traditionnel dynamique. Aujourd’hui on a la possibilité de travailler à la ville et de vivre à la campagne. Dans les communes de l’estuaire, ce n’est pas le moindre des avantages apportés par le pont de Normandie et ses liaisons avec l’A 29.

 

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