Au sommaire du numéro de Novembre 1998

A la Une
La Normandie en dentelles
Picking up the Threads

L'évenement
Le Havre : la Toussaint des ACH
Hard Times for Shipbuilders
Après la Seyne-sur-Mer, La Ciotat, Dunkerque, Toulon...
Le jeudi 22 octobre, le Havre a rejoint le liste noire des chantiers navals dont on ne veut plus.
A qui le tour ?

 Magazine
Route du Rhum :
l'Atlantique pour gagner

The Loneliness of a long Distance Yachtsman

Magazine
Le Soleil au beurre noir
Left in the Dark

 Magazine
Travailler à Londres : d'abord un état d'esprit
Dick Whittingtons with French Accent
Depuis plusieurs mois, les médias français multiplient les reportages sur ces jeunes partis à la recherche de l'eldorado anglais. On sait tout : l'aventure, les petits boulots temporaires, l'absence de couverture sociale, les heures de trabvail interminables, les agences "marchandes d'hommes". On sait tout, ou plutôt on croit tout savoir.
Quelques témoignages pour remettre les pendules à l'heure.

 Normandie-Moi tout
Nucléaire, Kouchner, croix de bois, croix de fer...
Le secrétaire d'Etat à la Santé a fait escale en Cotentin pour plancher sur deux sujets sensibles : le nucléaire et les hôpitaux.

 Economie
Télé numérique : la touche anglaise
When the Sky's No Limit
La télévision numérique vient de faire son apparition en Grande-Bretagne.
Depuis le 1er Octobre, la compagnie de Rupert Murdoch, SkyDigital, diffuse en numérique 140 chaînes sur le câble et satellite. Mais à la différence de la France, la télé numérique est aussi accessible pas la très simple et bonne vieille antenne des téléviseurs britanniques.

A la Une
La Normandie en dentelles

Des créations sublimes au point d’Alençon, en blonde de Caen, en dentelle noire de Bayeux, au point d’Argentan… sont nées depuis deux siècles en Basse-Normandie. C’est pour donner à cet artisanat un nouveau souffle que François Doubin, maire d’Argentan, et Mick Fouriscot, présidente déléguée de la Fédération française des dentelles et broderies, avec le concours de grands couturiers, ont suscité la création de "La Route des dentelles normandes", qui rassemble sept villes dentellières : Alençon, Argentan et La Perrière (Orne), Bayeux et Courseulles (Calvados) et Villedieu-les-Poêles (Manche), bientôt rejointes par la ville de Caen. Le but : regrouper, valoriser, développer l’art dentellier normand. Il est grand temps : on ne compte plus que 27 dentellières confirmées en Basse-Normandie. La Route des Dentelles normandes contribuera à relancer la production régionale en favorisant la mise en place de centres de formation et d’ateliers de production. Certaines villes de la Route proposent en effet des formations et des stages d’initiation et de perfectionnement à la pratique dentellière qui pourront être étendus à l’ensemble des villes partenaires. Les ateliers de production seront renforcés et de nouveaux ateliers pourront être créés.

Olivier Lapidus, le fils de Ted, est un couturier particulièrement imaginatif, toujours à l’affût de nouvelles techniques. Sa collection Eté 1998 l’a vu réaliser dentelles et broderies selon le procédé de la "géométrie fractale" mis au point par le mathématicien Benoît Mandelbrot. Les dentellières d’antan ne se seraient pas doutées que l’on pouvait appliquer à leurs créations l’équation Zn+1 = Zn2 + C, mais Olivier Lapidus l’a fait ! "Ce procédé aléatoire offre la particularité de créer une nouvelle figuration pour la dentelle et la broderie." Un nouveau procédé CAO (conception assistée par ordinateur) adapté aux machines à broder est d’ailleurs en cours d’expérimentation d’après les lois de Mandelbrot.

"L’art de la dentelle est l’un des métiers les plus anciens et en même temps les plus modernes, explique Olivier Lapidus. C’est ce qui me séduit. Cela correspond à tout ce que je défends dans le métier de couturier, l’interaction entre le passé et le futur." Le rôle de la dentellière classique, c’est d’apprendre à la machine le langage de la beauté. Elle est la garantie de ce savoir-faire. Dans le textile, ce qui fait la différence entre la France et les autres pays, c’est cette merveilleuse culture acquise à travers les dentelles, les broderies, les passementeries, les petites mains... Un univers qu’on aurait tort de croire futile.
"Tout le problème de l’artisanat aujourd’hui, c’est de savoir ce qu’on va faire des artisans demain. La réponse à cette question, c’est de leur conférer cette dualité, cet axe artisanat-recherche. Les artisans d’hier seront les chercheurs de demain. Il y a une vraie intelligence dans ces métiers-là".

Catherine Forestier
Retrouver le dossier complet dans le numéro de Novembre 1998 de Normandie Magazine.
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Picking up the Threads

Normandy is becoming increasingly aware of its heritage, witness the new Lace Route brings together seven towns once renowned for their lacemaking, in order to develop and enhance the image of this delicate and complex art. One aim is to set up new workshops and organize new lacemaking courses. Alençon, Argentan, Courseulles, La Perrière and Villedieu-les-Poêles all have permanent exhibitions of local lace production and the Lace Route, like those highlighting Normandy’s cider, calvados, watermills, abbeys, cheeses and will doubtless boost tourism. Lace could become an economic asset for Normandy, as a tourist attraction, a luxury commodity and an occupation of the future’.
As regards the past, lacemaking has certainly had a chequered history. The French Revolution nearly killed it off completely, as did the advent of machine-made lace. Even so, Bayeux, where 5,000 workers were employed in the trade in 1930, still supplies handmade bobbin lace to haute couture houses such as Balmain, Dior and Hermès. Moreover, Olivier Lapidus, son of Ted, after developing several revolutionary fabric printing techniques, has turned his attention to lace and embroidery, commissioning pieces for his 1998 collection based on Mandelbrot’s fractals from both Bayeux and Alençon, where a workshop founded in 1976 employs a dozen people turning out the famous Point d’Alençon.

Magazine
Route du Rhum : L'Atlantique pour gagner

La Route du Rhum est de loin la transat en solitaire la plus convoitée. Heureux le marin qui parvient à franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, il entre au panthéon de la course au large. Paul Vatine pourrait devenir l’un de ceux-là. Le skipper normand l’affirme d’ailleurs haut et fort : "Cette Route du Rhum est la mienne". Cette année, ça passe ou ça casse. Point !
Il n’y a que sept bateaux capables de gagner cette année. Des multicoques évidemment, avec les incontournables Vatine, Peyron, Joyon et Bourgnon plus les trois Guillemot, Cammas et Gautier. Car la Route du Rhum est impitoyable. De Saint-Malo à la "Tête aux Anglais", de l’autre côté de l’Atlantique, c’est un combat incessant de douze à treize jours au minimum. "Dès la sortie, à la pointe du Grouin, ça tabasse. On tire des bords jusqu’à atteindre l’anticyclone de l’Atlantique Sud mais la route est plus longue ; on peut choisir aussi de rester dans la dépression pour filer vers l’ouest". Quel sera le choix de Vatine ? "Il faut s’adapter aux conditions du parcours. S’il faut aller virer le long des côtes de Floride, je le ferai". Ses routeurs, Bodin et Bernot, l’aideront à définir sa stratégie. Ces hommes de l’ombre, dans le calme d’un bureau, auscultent les vents, comparent les dépressions et choisissent le cap. "Ils sont indispensables, sans eux nous serions des pilotes aveugles". Ils sont tellement convoités qu’il faut retenir son équipe météo trois ou quatre ans à l’avance. Laurent Bourgnon, lui, a choisi de s’entourer de six routeurs.
Mais ce ne sont pas des machines conduites depuis la terre qui vont gagner le Rhum, ce sont des marins. Pour gagner, Paul Vatine définit cinq paramètres par ordre croissant d’importance. "En cinquième position, la vitesse : ça parait surprenant mais à quoi sert d’aller trop vite si c’est pour se perdre dans les détours inutiles, ou pire, abîmer la machine ? En quatrième, le mental : c’est une révolution pour moi, avant je le plaçais en premier. En troisième position, le physique : aujourd’hui, pour piloter un bateau de course, il faut être un athlète. Tout est dur, pénible, casse-gueule… Pour se sortir d’une mauvaise situation, il faut être musclé. En deuxième position, la pratique et l’expérience et le bon choix de la trajectoire. Enfin, en première position, la fiabilité : homme et machine sont terriblement sollicités, tout doit résister pour être tout le temps en éveil et au combat…" Enfin, hors classement, il y a la chance. "On ne la maîtrise pas. C’est vrai que j’ai pas toujours été chanceux".
Le marin l’avoue aussi, il faut aussi maîtriser la peur et le stress. Vatine met des boules Quiès afin d’atténuer les bruits. "Mon bateau est très bruyant, il siffle énormément. Dans les coups de tabac, le bruit peut ajouter inutilement à l’inquiétude". Et quand dort-on sur un bateau de course ? "Jamais plus de vingt minutes, ça doit suffire pour se reposer. Encore faut-il être capable de s’endormir, de s’isoler pour ne plus penser à la course. Au terme de ces vingt minutes, je suis réveillé par le klaxon du navire. C’est véritablement cauchemardesque. Je suis obligé de reconstituer mon cerveau petit à petit, bout par bout, et plus ça avance, plus c’est difficile. On replonge violemment dans la brutalité de la course. Souvent, on se pose des questions : qu’est-ce que je fais là ? et on rêve d’un bon feu de cheminée. Et puis tout repart, on s’installe, on s’adapte à son inconfort, comme un poilu dans les tranchées".
S’il gagne ? "Ça va changer ma vie d’homme avec son histoire, ma vie ici au Havre, mes compétitions. Les trente ou quarante ans qu’il me reste à vivre seront définitivement bouleversés. Et cette victoire, je la partagerai avec tout ceux qui m’ont suivi jusque-là". Et s’il ne gagne pas ? "Je devrai vivre avec ma défaite".

The Loneliness of a long Distance Yachtsman

The Route du Rhum competition, from St. Malo (France) to Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, is a high-profile, difficult race, where you have to cross the North Atlantic single-handed "in the wrong direction" against the prevailing winds. Some of the biggest names in the racing world are taking part in it, including the previous winner Laurent Bourgnon and Paul Vatine, on his trimaran Chauss’Europ. One of the biggest factors will be the route (north or south) chosen by the competitors, according to the weather conditions. Vatine is relying on two experts (booked three years ago) to define his strategy. Bourgnon has a team of six ‘routers’.
Once the race has started, despite the high-tech nature of the vessels and the presence of back-up teams on the mainland, everything continues to hinge on the skipper, who has to keep going for at least twelve days on snatches of sleep lasting no more than twenty minutes. Vatine believes there are five decisive factors for success, with speed surprisingly in fifth place —‘there’s no point going too fast if you then get caught up in pointless detours or, worse still, damage your machine.’ Mental attitude, which he used to place first, has now been relegated to fourth position, behind physical strength. Practice, experience and the correct choice of trajectory come second, with reliability heading the list, because ‘both man and machine undergo terrible strains.’ Luck is in a category all of its own.
For Paul Vatine, victory will ‘radically and definitively change the rest of my life.’ If he does not win, ‘I’ll have to live with my defeat'.

Eclipse totale
Le Soleil au beurre noir

Le 11 août 1999, en plein midi, la Normandie sera plongée dans l'obscurité d'une éclipse totale du soleil. Réservez vos places : ce phénomène naturel d'une beauté envoûtante ne se reproduira pas avant quatre siècles. Des millions de visiteurs sont attendus.

Après avoir saisi la pointe sud-ouest de l’Angleterre, une profonde obscurité tombera à 12 heures 16 exactement pendant plus d’une minute et demie sur le Nord-Cotentin. Le cône d’ombre poursuivra sa course folle à 2 850 km/h, balayant la Normandie sur une bande de 110 km de large - "la bande de totalité", avant de filer vers l’est et disparaître à tout jamais dans le golfe du Bengale.
Le phénomène est provoqué par le passage de la Lune devant le Soleil qui projette un cône d’ombre à la surface de la Terre, d’autant plus impressionnant qu’il est soudain. L’éclipse est d’abord partielle quand la Lune recouvre progressivement le disque solaire. Il fait cependant encore jour, même si la lumière est atténuée. Les oiseaux chantent comme au crépuscule. Et, brutalement, l’obscurité tombe, au moment précis où disparaît la dernière parcelle de Soleil : c’est la nuit en plein midi. L’atmosphère se refroidit et durant les quelques minutes d’obscurité, les étoiles sont soudain visibles. Le disque noir de la Lune est perlé de rose vif tandis que se dessine une large auréole argentée.
"Tous ceux qui ont eu la chance de voir ce spectacle en gardent un souvenir merveilleux. Les amateurs du monde entier se déplacent en grand nombre pour y assister. Les conditions d’accueil et d’observation réunies en France permettront de faire converger vers la 'bande de totalité' des millions de visiteurs si l’on se réfère aux expériences précédentes dans les autres pays" explique la Société astronomique de France.
Une éclipse totale du Soleil permet aux astrophysiciens spécialistes de la couronne solaire de réaliser des observations d’un grand intérêt scientifique. Pour le grand public, assure la Société astronomique de France, "c’est l’occasion de vivre des moments exceptionnels en admirant le spectacle de ce soleil devenu noir dans un ciel noir, mais un soleil magnifié par ses protubérances et par les jets de sa puissante couronne."
Mission Éclipse 1999 : http://www.iap.fr/eclipse99/

W.O.

Left in the Dark

Solar eclipse fanatics will not have to travel too far next year, if they wish to stargaze at high noon. A total eclipse is due to occur on August 11th 1999, when the Moon will move across the face of the Sun and cast its shadow over the tip of Cornwall and parts of Normandy.
Only occurring on average every 370 years at any one place, it is hardly surprising that our forebears found this phenomenon so terrifying: the birds stop singing, the atmosphere rapidly cools, the stars suddenly become visible and the Moon’s black disk is surrounded by a wide, silvery, halo. Given its closeness to the third millennium, we too may feel slightly unnverved.
Among the millions of people who flock to experience two minutes of darkness in the 110-km wide ‘zone of totality’ within the umbra will be astronomers, who will use this occasion to study the sun’s corona. They, like everyone else, will have to wear protective glasses if they are to avoid permanent (but insidiously painless) damage to the retina.

 

68 pages tout couleur
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