Southampton
Cherbourg
La mémoire du TITANIC
Remembering the Titanic

A Cherbourg et à Southampton, de nombreuses familles qui ont vu s'embarquer leurs enfants sur le Titanic se transmettent de génération en génération la mémoire de ce naufrage impensable. Avec le Titanic sombrait le XIX siècle. Mais, même au fond de l'océan, le voici devenu superstar. Ce fait divers enfoui dans nos mémoires a refait surface par la magie du cinéma. Quelle leçon! Quoi qu'on fasse, on ne peut pas longtemps tricher avec l'histoire. Le Titanic est mort de trop d'orgueil et de trop de suffisance. A chaque fois qu'on a voulu occulter un événement de notre histoire jugé gênant, il nous attendait au détour de notre mémoire. On ne peut jamais échapper à la vérité. Les hommes politiques le savent bien.

Christian Génicot

L'escale de Cherbourg

La plus jeune rescapée du Titanic
Titanic Memories


"Rouen Centre 2000"

Elections régionales et cantonales 98 en Haute et Basse Normandie
Vers une cohabitation à la normande ?

Département de la Manche
cherche président

La carte forcée

 

L'escale à Cherbourg

Le navire arrive à Cherbourg le 10 avril 1912 au soir, après un départ mouvementé de Southampton.
L'escale sera courte.
Parmi les 274 passagers arrivés de Paris par le train, beaucoup embarquent pour leur dernier voyage.

16 heures. Cherbourg attend le plus grand paquebot du monde, le Titanic. Ses dimensions ne lui permettent pas d'entrer dans le port et deux transbordeurs de la White Star Line, le Nomadic et le Traffic, sont prêts à amener à bord du Titanic les voyageurs arrivés le jour même de Paris par le train transatlantique.

Parti de Saint-Lazare à 9 h 40, ce train a transporté en peu plus de six heures 142 passagers de première classe, 30 de seconde et 102 de troisième classe. Il y a là du beau monde : Mrs Charlotte Drake Cardeza et son fils Thomas, de Philadelphie ; Benjamin Guggenheim, le magnat américain des mines, et son valet de chambre ; Samuel Ward Stanton, célèbre écrivain et illustrateur maritime américain ; le colonel Astor et sa femme. Quant à Mrs James Joseph Brown ("Molly "pour les intimes), elle avait rencontré les Astor en Égypte. Souhaitant rentrer en Amérique en leur compagnie, elle avait eu la chance de pouvoir changer sa réservation pour prendre elle aussi le Titanic.

Quant aux passagers de troisième classe, des émigrants (selon le statut de l'émigrant défini en 1861, "est réputé émigrant tout passager qui n'est pas admis à se nourrir à la table du capitaine ou des officiers") originaires en majorité du Moyen-Orient, ils sont arrivés en France via Marseille.

17 h 30. Les 172 passagers de première et de seconde classe et leurs bagages montent à bord du Nomadic ; les 102 passagers de troisième classe et le courrier sont, eux, chargés à bord du Traffic.

18 h 30. Se profilant sur le ciel orangé du couchant, le Titanic tout illuminé se glisse lentement par la passe d'entrée de la digue.

Le Traffic se range à côté de la forme immense. 22 passagers débarquent. Les immigrants et le courrier montent à bord, ainsi que quelques marchandises et produits français. Puis à leur tour les passagers de première classe passent du Nomadic au Titanic. Parmi eux Michel Navratil et ses deux fils, Michel et Edmond. Il fuit la France et sa femme dont il s'est séparé. Tous trois voyagent sous un nom d'emprunt.

20 h 10. La voix grave et puissante du Titanic se fait entendre. Par trois fois, son adieu résonne au bout de ce continent qu'il ne reverra pas. Il lui reste moins de cinq jours à vivre.

Michel et Edmond Navratil survécurent au désastre et retournèrent en France. Leur père leur avait laissé un message d'affection pour leur mère avant de les placer dans un canot de sauvetage.

Dans Le canot de sauvetage numéro 13
La plus jeune rescapée du Titanic

Millvina Dean avait neuf semaines lorsque son père la sauva, avec sa mère et son grand frère, en la mettant à bord du canot de sauvetage numéro 13.
La petite famille se rendait à Kansas City, mais "un iceberg s'en est mêlé" se souvient la plus jeune survivante du Titanic.

Millvina ne veut pas voir le film. "Papa est mort là-dedans, ce serait pour moi une expérience bien trop triste" dit-elle. Millvina avait neuf semaines et dormait à petits poings fermés lorsque son père est venu soudain les réveiller, elle, son frère, sa mère au beau milieu de la nuit : "Le bateau a heurté un iceberg, ils évacuent les passagers. Debout !". C'est donc grâce à la présence d'esprit de son père que Millvina Dean a aujourd'hui quatre- vingt-cinq ans et qu'elle est la plus jeune, et l'une des dernières, survivantes du Titanic. "Alors vous comprenez, moi, le film...".

La sortie du film constitue en effet un événement pour Southampton, puisque, non seulement, c'est là que la plupart des passagers embarquèrent, mais aussi parce que la grande majorité des membres d'équipage du fameux paquebot était originaire du port du Sud anglais.

Et pour Millvina, après tout, ce n'est que la énième fois qu'elle racontera avec gentillesse et humour son histoire, mais cette fois-ci à quelques centaines de mètres de l'endroit où elle embarqua il y a quatre vingt-cinq ans.

Du naufrage et du Carpathia qui amena les survivants à New York, Millvina Dean n'a évidemment pas de souvenirs directs. "C'est ma mère qui, lorsqu'elle s'est remariée, a décidé de me raconter toute l'histoire. J'avais huit ans, nous habitions Southampton et j'avais toujours cru que mon grand-père était mon père !" dit-elle. Lorsque le navire commença à couler, un marin du Titanic mit bébé Millvina dans un sac pour la protéger contre le froid "parce que j'étais si petite. Et avec ma mère, je suis montée dans le canot de sauvetage numéro 13." Le père, lui, est resté sur le Titanic. Mais de cela, Millvina n'aime pas parler.

Millvina a fait sa vie à Southampton mais ne s'est jamais mariée. Son frère Bertram est mort en 1992, aux premières lueurs du... 15 avril.

Jean Smith-Pasqualini

Titanic memories

A tiny, nine-week-old baby, Millvina Dean was sound asleep when her father came to rouse her elder brother and mother with the news, 'The ship's hit an iceberg, they're evacuating the passengers!' His swift action in finding them places in the lifeboats saved all three of them, though he himself perished on the Titanic.

The latest celluloid epic about this tragic event has special significance for the port where the passengers embarked and where many of the Titanic's crew had their homes. Understandably, Millvina, now eighty-five, does not wish to see the new blockbuster herself, but she did recently agree to talk about the event at the Harbour Lights cinema in Southampton. Of course, it was not the first time she had evoked her experiences. 'It was the Americans of the Titanic Historical Society who caught up with me ten years ago, and it's never stopped since. They even found relations of mine in Kansas City, where I was to have lived with my parents'.

Her mother, who died in 1975, first told her the story of their doomed voyage as emigrants when she was eight —up to then, she had always believed that her grandfather was her father. Millvina finally succeeded in making the journey all the way to Kansas City this summer, on board the QE2. As she was about to leave the United States, she realized that she had mislaid her green card, but when she explained who she was, the immigration official exclaimed, 'You've suffered enough already. Go straight on through!'


"Rouen Centre 2000"

Rouen s'est lancé dans un ambitieux programme de relance du commerce de centre ville.
Baptisé "Rouen Centre 2000" et doté d'un budget de 26 MF sur trois ans, il devrait redonner à la capitale normande le goût du commerce et apprendre aux commerçants à travailler ensemble.

"L'espace rouennais a longtemps souffert d'un manque d'homogénéité et

de cohésion. Les dissensions internes ont nui à la prospérité de l'agglomération". Voilà le constat peu amène de la municipalité socialiste de Rouen, partagé par l'ensemble des commerçants de la ville. En soi, cette prise de conscience est déjà une révolution.

A y regarder de près, le commerce rouennais ne va ni bien, ni mal. C'est selon, en vertu du principe de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Globalement, le chiffre d'affaires est resté le même ces dernières années. Toutefois, l'augmentation des parts de marché ne profite plus au commerce du centre ville. Il s'est évadé vers les hypermarchés de la périphérie. A cela s'ajoute un phénomène d'hyperconcentration dans l'espace très réduit des zones piétonnes, aux dépens de bon nombre de commerces alentour ; à l'image de la rue du Général-Leclerc dont le niveau d'activité a baissé depuis quelque temps. La moitié du chiffre d'affaires du centre ville (2,3 milliards de francs) est réalisé sur les seules rues du Gros Horloge et des Carmes.

Imagine-t-on que la valeur locative d'un pas-de-porte rue du Gros-Horloge est - hors Paris - la plus élevée de France, de l'ordre de 3 000 à 4 000 francs le mètre carré ? Ce rétrécissement du périmètre marchand de l'hypercentre tend à s'accentuer. "L'hypercentre, en se concentrant à l'extrême, peut donner l'illusion de signes extérieurs de richesse. En fait, il est lui-même en danger si l'ensemble du tissu commercial du centre ville n'est pas dynamique. C'est pourquoi dès notre arrivée, nous avons mis en place un plan de relance pour renverser la vapeur" explique Gérard Pantel, conseiller municipal délégué au commerce et commerçant lui-même.

Avec le service de développement économique, l'élu a organisé un véritable plan de bataille, de façon à "donner aux 3 000 commerçants rouennais les mêmes moyens que les grandes surfaces". "Le charme du centre ville en plus" ajoute Gérard Pantel. Et d'abord la ville s'est dotée du nerf de la guerre : l'argent. Elle a signé avec la secrétaire d'État délégué au commerce, Marylise Lebranchu, une convention FISAC (Fonds d'intervention pour la sauvegarde de l'artisanat et du commerce) qui débloque sur trois ans un budget de 26 MF (50 % Ville de Rouen, 35 % État, 15 % autres partenaires). Une enveloppe prélevée sur le chiffre d'affaires des grandes surfaces.

Ces 26 millions vont faire bouillir la marmite d'une opération baptisée tout simplement "Rouen Centre 2000". Son action tient en deux mots : communication et animation.

Dans le même temps, la ville de Rouen a engagé un programme de rénovation des vitrines, à raison de 800 000 F par an pendant cinq ans. "Ce n'est pas un prêt à taux zéro comme on le trouve partout, c'est une subvention qui peut atteindre la moitié des frais de rénovation" souligne Jean-Gérard Didierre, directeur du développement économique de la ville de Rouen.

Une "Madame Commerce", Isabelle Huet, a été embauchée pour faire prendre la mayonnaise. Car force est de reconnaître que les "dissensions internes", pour reprendre les termes choisis du rapport de la mairie, n'ont pas complètement disparu. Quelques commerçants regardent l'action de la municipalité d'un œil plus politique qu'économique.

Que disent les chiffres ? Que tout ne va pas si mal. Ainsi, par rapport à l'année précédente, la moyenne du chiffre d'affaires du commerce rouennais a augmenté de 2,56 % en septembre 1997 (le mois de la mise en place du nouveau plan de circulation qui, à en croire les bruits, était à l'origine de chutes vertigineuses), pour poursuivre sa hausse de 2,9 % en octobre, de 0,6 % en novembre et de 4,22 % en décembre.

Déjà certains ont senti le vent nouveau qui soufflait sur la ville et misent sur "l'après FISAC". "Nous allons travailler pendant trois ans. Au-delà, cette action devra être l'élément détonateur qui va apprendre à l'ensemble des commerçants à œuvrer ensemble au dynamisme du commerce de centre ville" considère Joseph Choyer, directeur du Printemps.

Willy Oriou

Elections régionales et cantonales 98
en Haute et Basse Normandie

Vers une cohabitation à la normande ?

Les conseillers que nous allons élire aux régionales et aux cantonales n'auront aucun poids ni compétences pour accélérer ou freiner "la semaine de 35 heures", préparer ou refuser l'entrée dans l'euro, augmenter ou non le prix du diesel... L'élection des 15 et 22 mars concernera simplement l'orientation concrète de nos collectivités locales à savoir la construction de collèges ou de lycées, la répartition de l'aide sociale, l'entretien des routes, le développement touristique, l'aide locale aux entreprises, le soutien a manifestations culturelles... Lorsque vous votez pour élire votre conseiller général ou votre conseiller régional c'est avant tout votre quotidien qui se joue.

Le numéro 144 de Normandie-Magazine
consacre 10 pages spéciales aux élections

Département de la Manche
cherche président

La carte forcée

A peine Pierre Aguiton, le président du Conseil général de la Manche, avait-il annoncé son départ que ses amis du RPR entreprenaient de garder son fauteuil au chaud. Normal. En politique, on compte ses voix. 52 conseillers généraux. Pour avoir la majorité, divisez ce nombre par deux et ajoutez 1. Pas besoin d'avoir fait l'ENA pour le comprendre.

La difficulté est de convaincre les conseillers généraux de voter pour vous ; à moins que vous ne montiez un coup. Dans les coulisses, trois noms sont prononcés. Par ordre alphabétique, Le Grand, Lemoine et Thoury. Les deux premiers sont RPR, le dernier, Force démocrate. C'est le RPR qui tirera le premier. Un déjeuner, dans un petit restaurant saint-lois discret, pour choisir un successeur à Pierre Aguiton. Que se passa-t-il ? On décida... de ne rien décider. Ce n'est qu'au cours d'une réunion, un dimanche matin, à la mairie de Saint-Lô, que l'on vota. On vit même arriver un ou deux militants du RPR de très fraîche date, et proches de Jean-François Le Grand. Un hasard, sans doute. Pas de grands discours. On passe au vote. Parmi les votants, des conseillers généraux qui ne se représentent pas, voire de simples candidats au conseil général ! Qu'à cela ne tienne. On vote à bulletins secrets. Si secrets que le dépouillement sera effectué par François Digard tout seul et qu'aucun des participants ne pourra vérifier la teneur des bulletins. "La majorité est pour Jean-François Le Grand" affirme le maire de Saint-Lô.

"Si vous souhaitez voir ces bulletins de vote, ils sont à votre disposition... dans un coffre-fort" nous déclare ironiquement un conseiller général qui a mal digéré le procédé. Il n'est pas le seul : la contestation s'installe dans les milieux RPR. On parle de manipulation, de carte forcée. "C'est vrai qu'il est démocratique de se réunir dans un parti politique pour choisir son candidat afin d'éviter des affrontements fratricides, mais la façon dont cette affaire a été menée nous paraît particulièrement antidémocratique". "Avec Jean-François Le Grand, c'est toujours la même technique : il fait du forcing pour obtenir ce qu'il veut, ensuite on s'aperçoit qu'il s'est trompé. Souvenez-vous qu'il a lancé son circuit automobile, Formula Project, au moment même où sur le plan international Honda arrêtait la compétition. Coût : 11 millions de francs pour le Département. Quel gestionnaire ! Et puis, pendant la campagne présidentielle, en 1995, il a déclaré qu'il "n'engagerait pas Chirac comme garde-barrière". Quel visionnaire ! En 1986, il était contre la construction de la passerelle de Ouistreham... Aujourd'hui le Conseil général participe à une société d'économie mixte avec Brittany Ferries. Quel homme d'affaires !"

"Plus étonnant encore, Le Grand ne parle pas d'abandonner son mandat de sénateur s'il devient président du Département, alors qu'il a fait en décembre dernier des propositions aux assises du RPR en soulignant qu'il fallait choisir entre un mandat parlementaire et une fonction exécutive."

En clair, la désinvolture du sénateur est en train de provoquer au sein des militants du RPR la rogne et la grogne. "Il téléphone à tout le monde et promet la lune à tous. C'est à croire qu'il y aura une bonne vingtaine de vice-présidents à l'assemblée départementale !" "Il n'est jamais sur le terrain. Il préfère Paris ou le Midi".

Les 52 conseillers généraux ont jusqu'au 22 mars pour savoir quel genre d'homme ils souhaitent placer à la tête du département, et cela sans s'en laisser conter.

Christian Génicot

 

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