Troisième
Transat Jacques Vabre
Transat couleur café
La Transat Jacques
Vabre, organisée avec le concours de la Federacion Nacional de Cafeteros
de Colombia et la Ville du Havre, est la plus longue des courses transatlantiques.
Le départ sera donné le 11 octobre prochain avec bien du
beau monde à la barre.
Bon vent à cette troisième édition.
Autant le dire, lorsque
les organisateurs de la première Route du Café annoncèrent,
en 1993, le lancement d'une grande course à la voile entre Le Havre
et Carthagène (Colombie), les réactions furent plus sceptiques
qu'enthousiastes. " Une de plus " disait-on en substance.
Il faut reconnaître que le calendrier des compétitions était
déjà chargé. En un mot, trop de courses tue la course.
Pourtant, à la veille du départ de la troisième édition,
rebaptisée depuis " Transat Jacques Vabre ",
le rêve océanique a largement pris le pas sur les empêcheurs
de naviguer tout droit. Le succès est là, populaire et médiatique :
339 passages à la télévision et 1 300 articles de
presse lors de la seconde course, en 1995. Les quais havrais se souviennent
de ces journées baignées de soleil, de cette foule admirative
devant les marins qui allaient se lancer dans une formidable chevauchée
de plus de 5 000 milles (9 000 km) au-dessus de l'Atlantique
comme, jadis, les fiers clippers qui partaient du port normand pour rapporter
du Nouveau Monde les cargaisons de café.
Cette année,
tout le gratin de la voile est à nouveau au rendez-vous. Les Joyon,
Bourgnon, Peyron, Vatine (double vainqueur de la course), Gautier, Pete
Goss (le sauveteur de Raphaël Dinelli lors du Vendée Globe),
et autres Maurel vont amarrer leurs bateaux à partir du 4 octobre
dans le bassin des Docks, lieu historique du débarquement du café
où l'on nous promet durant une semaine une série d'animations
colorées. Il y aura même le mythique Eric Tarbaly pour partager
l'aventure avec Yves Parlier. Le parcours est libre jusqu'aux Antilles.
Ensuite les multicoques iront virer l'île de La Barbade, puis Saint-Barthélémy
avant de mettre le cap sur Carthagène. Les monocoques auront pour
seul point de passage Saint-Barthélémy.
Le coup de canon donné le 11 octobre en rade du Havre sera l'annonce
d'une belle bagarre jusqu'à l'arrivée, environ quatorze jours
plus tard, en Colombie.
W.O
D'autres informations sur la
Transat Jacques Vabre p.24 du numéro Août-Septembre de Normandie-Magazine.
El Señor Café
Pour célébrer cette troisième
Route du Café, nous avons demandé à l'écrivain
colombien Arnoldo Palacios d'imaginer un texte. Il a choisi de ne pas prendre
la parole... mais de la donner à un simple grain de café.
Supposons qu'on demande à un grain de café, né,
élevé en Colombie, de nous dire deux mots sur son existence.
" Je dirais d'abord ", répond le grain de café,
" que la première trace de mes origines, on la trouve en Afrique,
tout comme celle de l'humanité, d'ailleurs. Il est dit qu'on m'a
surpris dans les forêts africaines d'Abyssinie ou d'Éthiopie,
plus spécialement. Coutume entre autres coutumes, pendant un certain
temps, on donna aux Africains le nom d'Éthiopiens à cause,
certainement, de leur couleur. J'affirmerais ensuite que le café
emprunta aux esclaves africains transportés en Amérique le
même itinéraire imposé par les conquistadores et les
colonisateurs européens, en vue d'extraire par leurs bras d'ébène
et leur sang des métaux précieux - l'or avant tout - et puis
pour cultiver la terre et procurer à l'Europe de colossales richesses
et cimenter en elle le pouvoir qu'elle détient encore. Ce n'est
pas tout : sans abandonner l'or, on me choisit pour utiliser les immenses
propriétés agricoles, les latifundia de Colombie, faisant
du café la culture privilégiée de l'économie
colombienne, en réalité au pouvoir de quelques mains. Moi,
modeste grain de café, je fais partie de milliers de sacs exportés
par d'immenses navires comme ceux de la Compagnie Floto Mercante Grancolombiana.
Bref... mises à part mes aventures ou mes misères, - car
elle est tragique la vie d'une famille d'hommes et de grains de café
dans une plantation - je continue mon chemin de par le monde, en produisant
des devises, en produisant des dollars ".
La Colombie est parvenue à compter jusqu'à 80 % de rentrées
de ses devises grâce au café. On estime que pas moins de neuf
cent mille hectares sont consacrés aux plantations de café.
L'industrie caféière est représentée dans le
pays et dans le commerce international par la Federación Nacional
de Cafeteros " ont le but principal est la défense des
intérêts du produit ". Mais on a constaté
un triste bilan : 49,6 % des familles cultivent moins de cinq hectares
avec un niveau de vie particulièrement bas.
Comment le café est-il arrivé chez nous ? En suivant les
aboutissements de la route de la découverte des Amériques.
Dans les premières années du XVIIIe siècle, un marin
français embarqua dans un navire en partance pour la Martinique
un jeune plant de café et on rapporte que, par des soins très
attentifs, il réussit à le maintenir en vie, allant jusqu'à
sacrifier sa ration quotidienne d'eau potable pour le sauver de la déshydratation.
On peut imaginer ce marin présentant sa plante aux rayons du soleil,
la redéplaçant pour lui donner la juste proportion d'ombre,
bavardant peut-être avec les ramilles, tout en caressant les feuilles.
De l'île, le café saute au continent et en Colombie, vraisemblablement
par le Vénézuela ou les Guyanes ; dans les vallées
entre les pentes des Andes, le climat vint alors au café comme une
bague à un doigt, les terres bénies se situant entre 800
et 2 000 mètres d'altitude. Puis l'on vit s'adapter la main-d'œuvre
rurale constituée de nègres et de métis, surtout,
d'indigènes aussi, contraints de faire proliférer le grain
au sein d'une société de type colonialiste.
La superficie de la Colombie est de 1 141 748 km2 (deux fois la France),
avec des côtes sur l'Atlantique et sur le Pacifique ; des frontières
avec le Panama, le Vénézuela, l'Équateur, le Pérou
et le Brésil ; 34 millions d'habitants ; capitale :
Bogotá. Naturellement, avant la découverte de l'Amérique,
y existaient des peuples et des cultures indigènes.
Sa population actuelle est constituée d'un métissage historique
de Noirs, de Blancs et d'Indiens. La langue nationale est l'espagnol ;
la religion, la religion catholique. La Colombie est bien connue à
l'étranger, mais pour des événements violents d'origine
économique et politique, ayant des motifs complexes d'inégalités
sociales et d'oppression. Cependant, le pays se développe économiquement
et culturellement.
En ce qui concerne les relations des Colombiens avec la France, ils
lui vouent de longue date une admiration considérable, qui vient
de la vieille influence de la Révolution française sur la
guerre d'émancipation contre la domination espagnole sur le continent
sud-américain. Dans cette optique, le Colombien Antonio Nariño
traduisit en espagnol la Déclaration des Droits de l'Homme et du
citoyen et le Libérateur Simon Bolivar vint en France pour apprendre
et organiser son armée selon les méthodes militaires de Napoléon.
Dans les temps antiques, le café était partie constituante
de l'alimentation. Comment l'utilisait-on ? J'oserais penser qu'on
le mangeait grillé comme les cacahuètes, baigné dans
du miel, peut-être. La peau rouge, semblable à la cerise,
enveloppe une pulpe légèrement sucrée qui, si on la
suce, produit, à la longue, une sorte d'ivresse. Le café
a connu des péripéties : en 1646, les viticulteurs de
Marseille s'insurgèrent contre le café ; au XVIIIe siècle,
le roi de Prusse Frédéric le Grand établit un contrôle
sur le café au profit de la bière. D'un autre côté,
il conquit sa gloire en donnant son nom au Café Procope, un établissement
public de Paris, en 1686. Des personnalités fameuses comme Voltaire
et Balzac furent des consommateurs assidus de café.
Arnoldo Palacios
|
|
Water,
Water Everywhere,
and plenty of Coffee to Drink
Coffee is said to have originated
in the forests of Ethiopia, but it was in the vast plantations of South
America that our European forebears made their fortunes from it - as they
did from slaves, Africa's other great export. It was a French sailor who
took the first plant as far as Martinique, sacrificing his own water ration
to keep it alive. From there, it was a short hop to the American continent
and the ideal climate of Colombia, where this valuable commodity now accounts
for up to 80% of foreign revenue, though many growers live in abject poverty.
Voltaire and
Balzac were both famous coffee drinkers, though the beverage had a chequered
history, with Frederick the Great actually introducing controls at one
stage to protect Prussian breweries.
For centuries,
clippers regularly made the hazardous 5,000-mile voyage to bring precious
cargoes of coffee from the New World to the Old. To celebrate that fact,
the first Le Havre-Cartagena Coffee Route yacht race was held in 1993.
It should be said that links between the two countries have long been close.
After all, it was the French Revolution that inspired South Americans to
throw off the Spanish yoke and fight for independence. Closer to home (literally),
the Colombian writer and novelist Arnoldo Palacios now lives near Honfleur.
October 11th will see the third such yacht race get underway, following
a week of colourful entertainment. Now a popular and media success, despite
initial scepticism, it will feature many big names this year, including
Laurent Bourgnon, Loïck Peyron, Paul Vatine (winner of both previous
races), Eric Tabarly and Pete Goss, who will be teaming up with the Frenchman
he rescued in the Vendée Globe round-the-world race.
A total of
seven million francs has been given to the organizers by the City of Le
Havre, the Colombian Federation of Coffee Producers and the-Jacques Vabre
company, which expects spin-offs in terms of media image and reputation
worth sixty million francs.
|